Escales liées
(saut d’homme)
Sur les stries du plancher du bal dansent des mailles de lumière, roulis et clapotis hésitent un peu entre la cadence imposée. Deux corps enlacés se diluent dans l’immensité aqueuse de l’ambiance où le couple répète ses gestes. Leurs yeux épousent la distance sans la saisir, ni s’inquiéter. La musique les berce là où ils naviguent buste contre buste et du front au flot d’une drague implicite sur la surface du dancefloor.
Ils hésitent à dériver plus loin ou feignent de renoncer. Mais à quoi bon ? Déjà leurs bouches font un seul rond dès qu’ils franchissent le cap du crépuscule. A l’aube ils se seront tout donné avec brio, enlacés et délacés sans rien avoir bâclé. Leurs vêtements d’abord épars, pillés sont éparpillés jusqu’à l’heure du petit déjeuner. Leur soirée a déjà fait naître un amour unique, précoce et privé de larges cortèges. Dans leur transport et leur penchant, ils ont oublié leurs noms.
jean-paul gavard-perret
Photo : Gérard Utéras