Alain Freixe & Jean-Marc Scanreigh, Quand la main se fait crabe ; Jean-Marc Scanreigh, Picasso, Remarques à effacer
Les croyants
Ces deux livres (dont les détours de Scanreigh sur Picasso) créent des approches singulières où Alain Freixe répond plus qu’il l’illustre à l’approche du peintre. Celui-ci s’éloigne de toute obscurité ou facilité formelle.
Le poète développe les thèmes philosophiques et métaphysiques de cette peinture qui, sans aucune pesanteur, traduit la capacité de vivre et les grands questionnements au vif de la vie quotidienne. Le travail du peintre, comme le souligne l’écrivain, empêche de tourner en rond. Il remet en cause des normes et des habitudes avec aussi une forme d’humour particulier là où la perplexité du monde passe dans un tel langage comme une lettre à la poste.
Proche de Picasso, Scanreigh transforme tout réalisme (animal et humain compris) presque (mais ce presque est important) vers l’abstraction tout étant capable d’ajouter des « images » à la vie, aux limite de l’humain trop humain et du monde. Si bien que les creux deviennent des meneurs de revue dont les œuvres dansent et animent bien des marionnettes.
Alain Freixe donne une entrée décisive dans le travail de Scanreigh. Celui-ci développe sans arrêt son interrogation sur le monde, avec une manière subtile, aérienne, colorées, ironique, songeuse et grave selon laquellle les deux « confrères » en repons font agir ce qui les entoure.
Après tout, chez Scanreigh comme chez Picasso et même chez le poète demeure un bonheur à travers leurs résurrections cocasses revenues du lointain de la vie pour y entrer de nouveau. L’ensemble des fragments des deux ouvrages deviennent le symbole des passages, un essai sur les limites de la peinture. Les deux créent ce qui directement se rapporte à son art, sans creuser de tombe ni bâcler de cercueil. Ils font le ménage et l’inventaire assez édifiant de la petitesse. Ils sont arrimés à un espoir – même en l’homme – quels que soient les constats.
Bref, ils croient en de grandes découvertes puisqu’ils les inventent. D’où ces deux beaux livres. Ils épèlent notre destinée, avec un dosage subtil de légèreté et de noirceur, laissant toujours plus sur les bords que des vœux frangés d’espérance.
jean-paul gavard-perret
Alain Freixe & Jean-Marc Scanreigh, Quand la main se fait crabe, Editions Esdée, Camoël, 2025, 32 p.,
Jean-Marc Scanreigh, Picasso, Remarques à effacer, Editions Esdée, Camoël, 2025, 32 p.