La chaise et l’autre
(Soc huppé d’hommes)
Papy, rétréci et allongé dans son caveau, aime parfois nous regarder passer. Cela le détend. Il rêve de surgir tel un diable de l’enfer ou paradis pour nous faire frémir. Ce serait une telle surprise, lui oublié de tous, de le retrouver avec ses longs cheveux blancs et bailleur des livres qu’il nous a laissés . Sa mise était toujours dépenaillée avant d’être drapé dans une élégante gabardine Burberry’s et chaussé de souples bottines en cuir de chevrotine pour être enterré. Ectoplasmes, il – mais à part nous – conspue les visiteurs ou les veuves d’un tel lieu. Passé sa colère il visite, cercle après cercle, La Divine Comédie de Dante pour retrouver Beckett. Il a entendu lui avouer des mots si tendres, ardents et désopilants.
À Montparnasse, il dîna avec lui à la Coupole et commanda des huîtres. Afin de le trouver, Papy s’arrêta devant un kiosque pour acheter un plan de Paris. Il le déplia en accordéon qui claquait et se gonflait en cerf-volant. Enfouis, les deux sont désormais moins écorchés que grenus. Ils entendent, le gel venu, craquer les brindilles des chrysanthèmes. Les deux ne furent jamais heureux ni tranquille. Papy nous disait que sa douleur physique faisait chanceler tout plaisir de se sentir.
Espérons que, sous les racines, sa gamme des satisfactions soit l’égoïsme de retrouver Beckett. Les deux demeurent lointains entre deux cimetières plus ou moins inattendus. Ils ne cherchent aujourd’hui comme hier ni bavardages et platitudes ni effets de style sur les aspects dynamiques et vivants. Et ce, avec leur tempérament, espérant voir, croire voir croire étant le moi d’un autre. Ou le même.
jean-paul gavard-perret
Photo : Bernard Plossu