Fabriano Fabbri, La voce del diavolo
L’art et la mode
Au cours de la longue période de la contemporanéité, l’art de s’habiller a séduit le corps pour le libérer de l’inconfort et des inhibitions, il l’a caressé jusqu’à dévorer ses énergies, il l’a poussé au-delà de ses limites pour crier au monde « la voix du diable » (titre emprunté par F. Fabbri à William Blake) sans forcément la couper des pièges de la morale et de la respectabilité.
Fabriano Fabbri dans cet essai réinterprète l’histoire de l’art de la fin du XVIIIe siècle aux années 2000 entre le tumulte de la technologie et les tempêtes de la révolution sexuelle. Si bien que la mode et l’art vivent d’entrelacements sans fin, d’intrigues dans les histoires qui enchantent, qui surprennent, qui trompent et divertissent.
Chaque style de vêtement a toujours fait alliance avec les mouvements artistiques les plus connus du grand public mais l’essayiste explique de telles sinuosités là où la vie, la mode et l’art sont dans des plis et se poussent les uns dans les autres.
Ici se conjuguent Dalí et de Schiaparelli, Mondrian et de Saint Laurent, Sade et le peintre David et ses robes de voile provocantes, pour dérober les paroles du « Divin Marquis » Et, rappelle l’auteur, » lorsque nous nous couvrons de tissus, nous n’enveloppons pas le corps pour le simple besoin de décorum et de protection : c’est comme si nous portons les formes des toiles de Picasso », là où Chanel se glissa dans un rectangle.
Fabriani prouve que l’histoire de l’art et de la mode vestimentaire reste une histoire d’espace et de volumes, dans l’étreinte ininterrompue entre les artistes et les couturiers de notre temps dont les créateurs italiens – Armani, Gucci et bien d’autres – restent des maîtres. Ils favorisent un style par rapport à un autre afin d’en comprendre pleinement le sens culturel, l’espace, le volume et la distinction entre les formes de la modernité et les formes du contemporain.
jean-paul gavard-perret
Fabriano Fabbri, La voce del diavolo, Editions Einaudi, 2024, 462 p. – 44,00 €.