Ponson du Terrail, Les drames de Paris – L’Héritage mystérieux

Ponson du Terrail, Les drames de Paris – L’Héritage mystérieux

Quel roman-feuilleton !

L’Héritage mystérieux est publié à partir de 1857 sous le titre Les drames de Paris en feuilleton dans le journal La Patrie, du 21 juillet au 4 octobre 1857, en 58 épisodes. Il paraît en format relié en 1858. C’est dans la seconde partie de ce roman qu’apparaît Rocambole.

Pierre Alexis, vicomte de Ponson du Terrail, est une figure incontournable du roman-feuilleton, genre qui faisait fureur au XIXe siècle. Écrivain prolifique, il a écrit quelques deux cents romans et feuilletons entre 1850 (où il publie son premier roman Les coulisses du monde dans le journal La mode) et 1871, date de sa mort à 42 ans. On raconte qu’il se levait tôt, qu’il écrivait les deux, trois ou quatre textes qui devaient paraître le lendemain dans différents journaux. Il rédigeait d’une traite, sans rature, ni relecture, ne sachant pas à l’avance la suite de l’intrigue. Cette verve l’a conduit à nombre d’approximations amenant la création du terme rocambolesque repris du nom de son plus fameux héros et qui signifie extravagant, voire invraisemblable. Mais ces textes ont tant de puissance, dégagent une telle énergie, que l’on passe allègrement sur ces petits défauts.

En 1812, la Grande Armée de Napoléon est en déroute. Trois cavaliers essaient de se réchauffer : le colonel Armand de Kergaz, le capitaine Felipone, son aide de camp et ami et Bastien, un hussard. Armand, gravement blessé, est mourant. Il donne un testament, préparé avant la campagne au Capitaine, le faisant héritier de sa fortune et l’engageant à épouser Hélène, sa jeune épouse pour donner un père au bébé qui vient de naître. Or Felipone nourrit, depuis des années, une haine féroce envers son ami. Il le tue et tire sur Bastien. Quatre ans plus tard, il épouse Hélène et se débarrasse d’Armand, le fils du Colonel, assurant lui-même sa descendance avec un garçon appelé Andrea.
Le récit se déporte vingt-quatre ans plus tard, à Rome, où Armand, un jeune sculpteur, va devoir lutter de toutes ses forces pour sauver la femme qu’il aime car un ignoble aristocrate a des vues sur elle pour une question d’héritage…

Cette saga est une plongée passionnante dans le cœur du XIXe siècle car l’auteur emprunte, pour nourrir ses textes, tout ce qu’il peut voir autour de lui. Et il le restitue sans freins, faisant état des opinions de l’époque, des situations dans les maisons bourgeoises. Bien sûr, il introduit sans restriction de belles doses de secrets, d’épreuves physiques et sentimentales, de complots, de trahisons, de rebondissements, d’actions et d’histoires d’amour contrariés. Le récit est mené avec énergie. Le mode de parution en feuilletons, ces textes qui paraissent quotidiennement, doit générer suffisamment de tensions pour faire revenir le lecteur chaque jour. Le héros emblématique de l’auteur apparaît comme un bambin (terme employé par l’auteur) de douze ans sous les traits d’un jeune voyou.
Il faut féliciter les Éditions 10/18 qui donnent le texte original, ne corrigeant pas des opinions qui peuvent paraître aujourd’hui bien offensantes. Car, quand on entend le langage tenu par le sordide devenu le chef d’un Etat les plus puissants de la planète…

Un roman qui met en scène la lutte du Bien contre le Mal dans un combat épique, un récit dynamique que l’on suit avec passion.

serge perraud

Ponson du Terrail, Les drames de Paris – L’Héritage mystérieux, Éditions 10/18, coll. « Classiques », octobre 2024, deux volumes de 360 et 384 p. – respectivement à 9,00 €.

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