Naomi del Vecchio, Presque rien
Naomi Del Vecchio vit et travaille à Genève. Elle pratique le dessin, la gravure et l’écriture. Elle explore les liens entre le texte et le dessin, les mots et les lieux, à la fois dans l’espace du livre et celui de l’installation. Elle assemble et associe les observations, les définitions, les histoires, les points de vue scientifiques ou personnels, en jouant basculements et dérapages.
Ici, elle joue du vide et du plein, du trou et des bords, du tout et des riens pour «Faire une montagne d’un rien » afin de découvrir le musée des trous. Dans ce but, elle serre ses mots pour gagner de la place et en préparer des tas dans l’objectif de servir de déguisement pour aller à la chasse là où « le presque rien précède parfois le rien ou le quelque chose.»
Les textes et dessins gravés alternent ici pour dévoiler dans ce livre les fragments du monde qui disparaissent ou surgissent. Par exemple, un glacier fond, des langues sont avalées par d’autres, un bout de lac est comblé pour former une plage. Tout cela est intelligent et drôle là où demeure un goût pour les poétiques performatives.
Pour la créatrice, le terme de poésie et d’image se transforme en une infinité de catégories. Elle rappelle à une relecture du monde en des utopies matrices. Existe là par l’’humour une mine d’informations importante qui comble tout retard de manière concrète en ses éléments divers partant en tous sens.
Dans un tel exercice à trous de tout ou rien, du vide ou plein, il s’agit moins de le remplir que d’en créer des atours. Bref, entre ces opposés existe quelque chose de fédérateur, histoire de filer ou faire défiler tout sens.
jean-paul gavard-perret
Naomi del Vecchio, Presque rien, art & fiction, coll. « Varia », Lausanne, 2024, 126 p. – 30,00 CHF.
