Monique Wittig, Dans l’arène ennemie – Textes et entretiens 1966-1999

Monique Wittig, Dans l’arène ennemie – Textes et entretiens 1966-1999

Lutteuse va

Le projet de Monique Wittig dans les années 70 est devenu non seulement la toile de fonds de notre société mais de ses fondements. Ils se découvrent dès les premiers travaux de la créatrice. Elle a inventé une contre-culture féministe porno-soft parfois, pour sauver les femmes de la vie qu’elles avaient, des statuts de recluses dans les divers opuscules masculins. Ses batailles (rapportées dans cet important ensemble) furent nombreuses.

Elles eurent moins à voir avec quelque chose de physique qu’avec un véritable processus de changement. Même si la pensée ou la fiction onirique de Wittig étaient là pour distiller une nécessaire violence. Le propos est donc cruel mais il ne sombre jamais dans la dérision pure, même si certains considéraient celle-ci comme scandaleusement issue du Grand Guignol ou du mauvais goût.  En tout état de bonnes causes, par ses écrits l’auteure a fait découvrir autant une atmosphère d’utopie qu’une réflexion sur le mélange des genres et le refus de toute taxinomie.

Elle a donc su détruire aussi littérairement que philosophiquement la catégorie d’homme omnipotent voire infirme. La fantasmagorie et la philosophie de Wittig à grande échelle sont pluridisciplinaires – en montrant qu’il n’existe plus de hiérarchie absolue de l’homo erectus  et qu’ il doit retrouver sa place dans une nature en déliquescence.
Les interventions réunies dans cette édition sont bienvenues, intéressantes, décoiffantes, comme afin qu’une autre ligne idéologie soit implacablement conduite face à l’hypocrisie fondamentale du monde (académique mais pas seulement). Engagée, une telle femme  a su imposer des diktats inédits contre les conservatisme de la soumission féminine.

D’où la présence de nouveaux  pouvoirs plus éclairés et redoutables que les Editions de Minuit se sont honorées de pointer avec  l’auteure de L’Opoponax, Les Guérillères, Le Corps lesbien,  pour faire sauter les formes, concepts et catégories qui font de l’hétérosexualité le seul contrat social possible.
Mais Lindon ne se limita pas à Wittig ou Sarraute mais aussi révéla d’autres auteures, parfois fulgurantes  comme  par exemple Joëlle de la Casinière avec Le pays où tout est permis.

jean-paul gavard-perrret

Monique Wittig, Dans l’arène ennemie – Textes et entretiens 1966-1999, édition établie par Sara Garbagnoli & Théo Mantion, Editions de Minuit, avril 2024, 368 p. – 22.00 €.

Laisser un commentaire