Nicolas Pesquès, La face nord de Juliau, dix-neuf
Nicolas Pesquès – presque contraint et forcé – a devant lui le mont Juliau depuis sa vingt-cinquième année. A l’épreuve le temps, la colline a changé,. L’écriture de l’auteur aussi. Pourtant, la première impose à la seconde sa loi et son poids depuis 1980, date où l’écrivain entama sa conquête avec La face nord de Juliau.
En a suivi une expérience géologique, géographique, archéologique et surtout poétique. Expérience « infinie » (aurait dit Blanchot) et dont Juliau est le motif comme la Sainte-Victoire le fut pour Cézanne.
Néanmoins, il n’est pas nécessaire d’avoir lu les épisodes précédents préludes à cette nouvelle version. Des citations entrent en vibration. Elles servent à tout pour ce lieu avec gestes, animaux, phénomènes et même des réagencements de ce qui s’est passé Mais elles servent surtout à questionner ce paysage qui peu à peu devient intérieur par le langage. Elles ont valeur d’une opération radicale et de surcroît à la manière de Cézanne lorsqu’il remplaçait la montagne par des rectangles.
L’objectif est d’introduire non le mais du motif selon une langue qui permet de se trouver elle-même par ce qu’elle dit et creuse. Elle crée « en substance » une autre montagne ou plutôt son image la plus sourde. Elle n’ajoute rien mais ne retranche pas plus, afin d’atteindre une sorte de montagne première qui ne serait pas pour autant pure essence ou concept.
jean-paul gavard-perret
Nicolas Pesquès, La face nord de Juliau, dix-neuf, Flammarion / « Poésie », Paris, 2024, 218 p. – 20,00 €.
