Myette Ronday et les (ré)partitions des plaisirs – entretien avec l’auteure (Lents ressacs)
Ecrivaine et animatrice d’ateliers d’écriture, Myette Ronday est née à Liège. Installée en France depuis une vingtaine d’année, elle vit dans le Lot entourée d’animaux familiers. Après ses fictions, elle publie désormais sa poésie et ce, selon une stratégie particulière : « c’est figer un choix qui, pour persister, doit se renouveler. »
L’auteure sait manier juste des mots mais ce sont toujours des mots justes. Son livre de poèmes est toujours nouveau. Tout chez elle éblouit et jaillit. Le délice est un paradis terrestre. Enfer, qu’importe. Tout se déguste. Des mots roses parfois nostalgiques ouvrent des fenêtres et fixent des rendez-vous secrets sous des ombres effacées par de telles perspectives
Entretien :
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Une horloge interne me réveille et de suite, j’ai faim, autant d’un petit-déjeuner que de lumière, j’ai faim de vivre.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Ceux qui étaient miens se sont étoffés et approfondis et j’ai perdu ceux qui ne m’appartenaient pas en propre.
À quoi avez-vous renoncé ?
À tous les désirs que je soupçonnais d’être mimétiques.
D’où venez-vous ?
Je l’ignore tout comme j’ignore où je vais avec pourtant la certitude que quelque chose en moi le sait. Et cela me dépasse.
Qu’avez-vous reçu en « héritage » ?
Un certain don pour le bonheur.
Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Plusieurs petits plaisirs quotidiens telles des notes éparses sur une partition à chaque fois légèrement différente.
Comment définiriez vous votre choix de la poésie ?
Définir, c’est figer un choix qui, pour persister, doit se renouveler.
Quelle est la première image qui vous interpella ?
Une flamme derrière la vitre en mica d’un poêle à charbon ….J’avais à peine un an et longtemps j’ai ignoré de quoi il s’agissait.
Et votre première lecture ?
La première dont je me souviens : « Franchise » de Joséphine Blanche Colombe. Un livre pour enfant dont j’ai retrouvé en 1969 l’émoi dans le film « Promenade avec l’amour et la mort » de John Huston.
Quelles musiques écoutez-vous ?
Les pièces pour piano de Gurdijeff, les Gnossiennes d’Erik Satie, Phil Glas, Les compositions d’Hildegarde Von Bingen, Franz Schubert…..et d’autres…
Quel est le livre que vous aimez relire ?
« Ursule Mirouët » d’Honoré de Balzac
Quel film vous fait pleurer ?
Sur le moment, aucun titre ne me vient mais certains films me font pleurer…
Quand vous vous regardez dans un miroir, qui voyez-vous ?
Cela dépend du jour et de mon humeur.
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Alors là….je ne vois pas. Non que mon audace soit absolue mais quelqu’un à qui on n’ose pas écrire ne doit pas être très important pour vous. Ou alors, on n’en éprouve pas le besoin.
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Liège.
Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
Je ne sais si je suis proche de ceux que je vais vous citer mais je m’en sens proche tant leur œuvre m’ouvre au monde et à ma vie. Honoré de Balzac, Jean Giono deuxième période, Faulkner, Alison Lurie, Mishima, John Fowles, Iris Murdoch et il y en a d’autres.
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Je ne sais trop, cela change à chaque anniversaire.
Que défendez-vous ?
Que l’animal est l’égal de l’homme.
Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour, c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Donnez plutôt aux autres ce qu’ils désirent et non ce que vous désirez pour eux.
Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
L’indifférence vis-à-vis du monde qui nous entoure.
Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Et celle que je pourrais vous poser ? Aimez-vous questionner ceux que vous approchez ?
Entretien et présentation réalisés par Jean-Paul Gavard-Perret, pour lelitteraire.com, le 2 avril 2024.