Jean-François Prévost, Credo

Jean-François Prévost, Credo

Scientifique pointu ce récit théologique et philosophique, est aussi une œuvre de science-fiction

Quel rapport entre un tombeau pharaonique en Égypte, un astronaute américain et le linceul de Turin ? A priori aucun. Et pourtant… C’est à partir de cette relation improbable que Jean-François Prévost, professeur de droit de son état, lance un compte à rebours palpitant qui va nous mener de la vallée des Rois au fin fonds des Balkans, des portes du Vatican à celles de Jérusalem pour parvenir à l’ultime vérité : celle de l’existence de Dieu.

Mais avant d’en arriver là, c’est un parcours semé d’embûches qui attend Jon Cooper, astronaute américain, le seul à même de lire « le code génétique » de Dieu et chargé de révéler au monde le message divin qui lui a été délivré par le linceul de Turin. Mais un homme, Tadeusz Verkhor, a lui aussi une mission : empêcher par tous les moyens que le message soit délivré. Jon Cooper, pourtant éminent scientifique, aura alors bien besoin du credo, je crois en latin, pour remplir sa tâche. Nous sommes en décembre 2012, peu de temps avant la fin du monde. À moins que celle-ci ne soit en fait que le commencement.

Thriller à la Da Vinci Code, roman scientifique pointu, récit théologique et philosophique, voire œuvre de science-fiction… Difficile de n’attribuer qu’un qualificatif à cet ouvrage, qui mêle habilement univers réel et imaginaire.
Génétique et physique quantique s’invitent en effet tout au long des chapitres entre deux considérations plus « religieuses », requérant un niveau de connaissances relativement élevé, ce qui en complique quelque que sa lecture. C’est en cela que Credo diffère des autres nombreux romans qui ont surfé sur la vague du succès de Dan Brown. La somme d’informations scientifiques pointues qui y est distillée, associée à des références bibliques précises, rend difficile l’accès à la lecture pour les non-initiés.

Une écriture qui convaincra les réfractaires au Da Vinci Code, mais qui risque de décourager nombre de lecteurs. En effet, difficile de garder le fil tout au long des quelque 600 pages. Si le tout début nous tient en haleine, il faut avouer qu’on l’a déjà oublié en lisant la dernière phrase. De même, si le style policier, voire historique, qui construit la première moitié du roman, ce dernier perd en intensité au cours de la seconde partie en « abusant » des réflexions théologiques, guère plus accessibles que leurs homologues scientifiques.
Le roman s’essouffle et perd progressivement son côté épique pour s’engager dans une voie plus philosophique qui pourra surprendre et lasser certains lecteurs. Dommage car l’intention est bonne et l’auteur fait preuve d’une érudition impressionnante et appréciable.

Toutefois, en rendant une copie fort (trop) riche, il se perd peu à peu dans un trop grand nombre de rebondissements, de personnages et d’explications… quitte à oublier le lecteur en cours de route. De même, si l’analyse scientifique du linceul de Turin s’avère passionnante, elle perd également en intensité au fil de l’eau en évoluant vers une orientation plus théologique qui risque d’en décevoir plus d’un.
Credo gagnerait sûrement à être plus concis et, pour une fois, plus « vulgarisateur » pour se mettre à la portée du plus grand nombre… et conserver l’intérêt du lecteur du début à la fin.

violaine cherrier

Jean-François Prévost, Credo, Editions Odile Jacob, mars 2009, 592 p. – 19,90 €

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