Jean-Christophe Buisson & Jean Sévillia (dir.) Les guerres civiles. De la Renaissance à nos jours
Pas de pitié ?
N’est-il pas ahurissant, qu’en France, de nos jours, on agite le spectre effrayant de la guerre civile, ce sport tant pratiqué par les Français au cours de leur tumultueuse histoire? La réalité est pourtant ce qu’elle est, l’expression étant reprise par les plus hautes autorités du pays. On lira avec donc avec grand intérêt les différentes contributions rassemblées par Jean-Christophe Buisson et Jean Sévillia dans ce bel ouvrage.
Sans nul doute, les guerres civiles comptent parmi les plus affreuses puisqu’elles transforment les membres d’un même pays, d’une même communauté, d’un même immeuble ou d’une même famille en ennemis irréductibles, décidés à en découdre jusqu’à l’écrasement du camp adverse. Même en s’en tenant à l’époque moderne et contemporaine, les études rédigées par les meilleures spécialistes font un tour d’horizon des pays, continents, époques, même si plusieurs cas français sont étudiés. Il en ressort plusieurs lignes convergentes.
La guerre civile éclate toujours après un long processus de maturation, où le fossé séparant les futurs camps ne cesse de se creuser, où le crescendo des haines et des rancœurs alimente un conflit qui finit par éclater à la moindre étincelle. Sa nature religieuse et idéologique contribue, c’est évident, à sa radicalisation, imposant un « pas de pitié » propice à toutes les horreurs. Et à cet égard, le XXè siècle détient la palme en ce domaine : 12 exemples sur 20 étudiés ! Siècle des idéologies et surtout du communisme qui, rappelons-le avec force, fait de la guerre civile le moteur de l’histoire, la seule guerre acceptable pour le monde ouvrier, par laquelle l’ancien monde disparaîtra. La Vendée l’annonçait dans toute son horreur.
Autre point révélateur, le rôle de l’Etat. La guerre civile peut éclater soit dans le contexte d’un affaiblissement profond de l’Etat, devenu incapable de faire régner l’ordre et d’imposer son autorité aux camps ennemis soit à cause d’un Etat tyrannique et persécuteur contre lequel une partie de la population prend les armes. Dans les deux cas, l’Etat demeure le seul capable d’assurer la réconciliation, laquelle passait autrefois par l’oubli des injures et des crimes commis par les deux camps. Encore faut-il que les deux l’acceptent avec sincérité… Il est des guerres civiles jamais éteintes…
Tous ces exemples étudiés dans ce livre éclairant sont à méditer.
frederic le moal
Jean-Christophe Buisson & Jean Sévillia (dir.), Les guerres civiles. De la Renaissance à nos jours, Le Figaro Magazine/Perrin, octobre 2025, 384 p. – 23,50 €.