Thierry Smolderen & Alexandre Clérisse, L’Été Diabolik

Thierry Smolderen & Alexandre Clérisse, L’Été Diabolik

Un bel hommage aux fumetti et récits d’espionnage

Antoine se souvient de cette journée de l’été 1967 où tout a basculé pour lui. Il disputait un match de tennis, qu’il a gagné, contre Erik. Le père de ce dernier conteste le résultat, devient agressif et menace le père d’Antoine qui s’interpose. Celui-ci a une attitude étrange qui trouble son fils. La récompense du vainqueur est un repas dans un restaurant que les deux hommes décident de fréquenter le soir même. En fin de repas, son père est abordé par un individu qui se présente comme Mr de Noé, qui rappelle une rencontre à Washington à propos d’un certain Popov et qui les invite dans sa villa. Dans la voiture, puis dans la maison au bord de la piscine, Antoine fait connaissance avec Joan, une jeune américaine délurée. Trop timide du haut de ses quinze ans, il fuit, dans un premier temps, ses avances.
En rentrant dans la nuit, ils sont de nouveau agressés par le père d’Erik. Le père d’Antoine fonce sur l’homme qui esquive juste à temps. Cependant, il sera retrouvé mort, le lendemain, après une sortie de route. Erik ne porte pas le deuil de son père, un homme qu’il dépeint comme brutal, violent.
Puis, l’attitude de son père, ses silences, ses absences, une voiture, des ombres, des présences fortuites, un joint, un fumetti qui met en scène le malfaisant Diabolik, un suicide entraînent Antoine dans une spirale de perplexité. Celle-ci atteint son summum lorsque son père disparaît sans laisser aucune trace. Il lui faudra attendre vingt ans pour découvrir la vérité…

Ce scénario de Thierry Smolderen prend la forme d’un vrai faux livre écrit par Antoine Lafarge, narrateur et héros de cette histoire, construite en deux parties. La première traite des événements de l’été 1967 qui laissent le narrateur dans l’incompréhension la plus totale par rapport à ce qu’il a pu vivre, saisir, comprendre des faits, des impressions ressenties pendant ces quelques jours. La seconde débute dix-sept ans plus tard quand l’adolescent devenu adulte tente une thérapie en couchant dans un livre le récit des événements de l’été de ses quinze ans tels qu’il les a perçus et vécus.
Avec ce scénario, l’auteur rend hommage : « …aux figures insolites qui hantent les marges de la culture occidentale depuis des millénaires. » Il rappelle que Bernard de Clairvaux écrivait, en 1135, dans une lettre à un abbé : « Mais que viennent faire dans les cloîtres, sous les yeux des frères qui lisent, ces monstres ridicules dont la beauté difforme et la belle difformité frappent d’étonnement ? » Et le scénariste, dans une magnifique postface, d’expliquer, de tisser les liens qui unissent toutes les composantes de cette marge, de ces justiciers ou criminels masqués, projections de nos propres masques, de la réalité telle qu’elle est truquée depuis la nuit des temps par des médias aux ordres des pouvoirs.

Il met en avant une figure, née en 1962 sous la plume des sœurs Giussani, en Italie, avatar de Fantômas, du Fantôme, un criminel professionnel maître du déguisement, accompagné d’Eva Kant, sa maîtresse, et pourchassé (en vain !) par l’inspecteur Ginko. Alexandre Clérisse, déjà complice du scénariste pour le magnifique volume Souvenirs de l’empire de l’atome, propose un graphisme rappelant les tendances des années 1960 avec des formes synthétiques, des couleurs vives et tranchées. Il renoue, aussi, lors du trip d’Antoine, avec ces planches aux arabesques psychédéliques qui faisaient fureur dans la culture Pop.
Avec L’Été Diabolik, les deux créateurs signent un album superbe à l’intrigue subtile, toute en nuances, menée de main de maître, avec une mise en images de grande classe. De plus, Dargaud propose un album à la très belle facture.

Feuilleter l’album : http://www.dargaud.com/bd-en-ligne/Ete-diabolik-l,19655-7ac81e97336585d7cca038bcb2d239eb

serge perraud

Thierry Smolderen (scénario) & Alexandre Clérisse (dessin et couleurs), L’Été Diabolik, Dargaud, janvier 2016, 168 p. – 21,00 €.

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