Thierry Gloris & Jacques Lamontagne, Wild West – t.05 : « Rédemption »
Le début d’un nouveau diptyque enthousiasmant !
Une bande de détrousseurs, sous le commandement de Jim, attaque un convoi ferroviaire. Ils s’emparent des richesses des voyageurs et du contenu d’un coffre, tuant sans retenue. Les criminels se séparent alors, leur chef recommandant d’être discret, avant de se retrouver dans six mois pour une nouvelle attaque.
Profondément ébranlé par ses dernières aventures, Bill décide de partir vers le sud pour retrouver un peu de calme et de réconfort. Il s’installe à Dolorès City, en devient le shérif. Il a fait venir Ingrid, sa pupille. Il épouse Agnès, la tutrice de la fillette.
Jane a suivi le mouvement comme Charlie qui est devenu le postier. Mais, mal dans sa peau, elle retrouve ses vieux démons. Son alcoolisme, ses attitudes, offusquent les belles âmes, menées par le pasteur, de la petite cité. Ils demandent à Bill d’intervenir sans tarder.
L’arrivée de la famille Ballou, menée par la fougueuse Catherine, va bouleverser considérablement le fragile équilibre de Dolorès City car…
Ce nouveau diptyque dénommé Troisième paire, s’ouvre sur une cité où le nouveau shérif fait régner l’ordre tandis que les voyous évitent la ville. L’homme de loi doit gérer les frasques de Calamity Jane. Mais Bill, devenu un notable s’ennuie et fait des « rondes » en jouant au poker au saloon pour éviter les deux femmes de sa vie.
Le scénariste installe son nouveau volet et fait monter très vite une tension tout en présentant le cadre et les fractures qui s’installent. Celles-ci sont à la fois psychologiques et physiques.
Les deux héros sont mal en point, chacun devant vivre ses souffrances. L’un amène, par son attitude et son mal-être, des tourments dans son entourage, l’autre défie une bonne morale prônée par une dévotion de façade. En effet, dans ce milieu du XIXe siècle, une femme qui boit, porte un pantalon et se moque des culs-bénis est intolérable. D’ailleurs, dans ce nouveau tome, Thierry Gloris ne lui donne plus la première place, qu’il laisse à Bill. Ce dernier est devenu, sans le vouloir, un notable, accédant à une respectabilité.
Mais l’essentiel de l’intrigue va porter sur cette religiosité qui, dans ces zones nouvelles, se répand mieux que la loi. Or, cette bigoterie n’est pas des plus reluisantes, pétrie de cette hypocrisie qui continue d’ailleurs de croître et embellir sur ces terres. Cette culture biblique et puritaine est le fondement de la société américaine. Religion et pouvoir sont étroitement liés, l’une se servant de l’autre et vice-versa. La laïcité n’existe pas, mais la délinquance est au sommet.
Le graphisme de Jacques Lamontagne est toujours aussi efficace, que ce soit pour le dessin des personnages, leur cadre ou la mise en œuvre des scènes d’actions. La dynamique du récit est parfaitement relayée avec une mise en page superbe. Son trait est précis, renforçant des cadrages hardis. La mise en couleurs n’est pas en reste et rehausse des planches superbes.
Ce nouveau tome consacre tout le bien que l’on pouvait penser de cette série, mettant en scène des protagonistes hauts en couleurs, dressant une image de la conquête de l’Ouest plus proche de la réalité.
serge perraud
Thierry Gloris (scénario) & Jacques Lamontagne (dessin et couleurs), Wild West – t.05 : Rédemption, Dupuis, coll. Grand Public, mai 2025, 48 p. – 15,95 €.