Rubén Del Rincón, L’Invisible

Rubén Del Rincón, L’Invisible

Au printemps 2019, à Kiev, les forces spéciales investissent un bâtiment emblématique du centre-ville où une fusillade, aux origines incertaines, a causé un massacre. Parmi les rescapés, Valérie Duvant, une Française de soixante ans qui se demande ce qu’elle fait là. Elle ne se souvient que de ses deux fils, de son époux décédé depuis peu, de sa solitude. Après avoir été mère, épouse d’un consul, elle est devenue invisible, ne servant plus à rien.
Deux épisodes ont l’amené cette situation. Elle participait à une association d’aide aux prostituées. L’animatrice, devenue une amie, l’inscrit à un stage d’initiation à Internet. C’est le consul qui a insisté pour qu’elle participe à une soirée qu’il organise. Elle rencontre une dame qu’elle a connue dans sa jeunesse à Managua et qui l’amène à vouloir retrouver une certaine Gina, une amie très proche quand elle était au Nicaragua, en 1978, où son père était membre du consulat. Ses recherches sur Internet l’amènent à des proches de l’époque, quand elle militait contre la tyrannie des Somoza. L’une d’elle lui apprend que Gina a été assassinée peu de temps après son départ. Valérie décide de lui rendre justice et de retrouver le responsable de sa mort…

Les femmes deviennent de plus en plus invisibles, l’âge avançant. Elles n’ont été souvent, par choix ou par force, que l’épouse de …, la mère de … L’auteur retient cette idée après avoir vu, dans un supermarché, une dame âgée se faire doubler dans une file d’attente à une caisse, comme si elle n’existait pas, qu’elle était invisible. Il imagine alors une Valérie qui n’est que l’épouse de M. le Consul pendant quarante ans. Et cet état de fait était fréquent, même s’il a tendance à disparaître avec les jeunes générations. Or, il souhaite montrer que ces femmes ont pu avoir, avant leur effacement social, une vie trépidante, engagée et avoir mené une vie où le volontarisme avait toute sa place.
À partir de cette donnée, Rubén Del Rincón, intègre ses thèmes de prédilections que sont l’esprit de combat, l’amitié, la révolution. Il a voulu, malgré le fait qu’en bande dessinée peu d’héroïnes âgées vivent des aventures un peu physiques de façon crédible, donner une histoire où l’héroïne se révèle une battante.

Il propose un récit qui commence à Kiev, où se situe le dénouement, en projetant dans le passé des actions se déroulant sous la tyrannie des Somoza. Pendant quarante-trois ans, le père et les fils ont régné de façon très autoritaire sur le Nicaragua, se goinfrant des richesses du pays. Lorsque la révolution de 1979 met fin à ce régime, la famille Somoza possédait 20 % des terres cultivables. D’après l’auteur, cette révolution est la dernière qui a débouché sur une nette amélioration pour le peuple.
On suit le parcours de Valérie, un parcours très cohérent, vers ses objectifs avec une belle suite d’actions, de rebondissements et de coups de théâtre. L’auteur installe des éléments qui autorisent naturellement certaines péripéties. Il donne une belle personnalité à son héroïne, la rend très attachante, que ce soit lors de sa jeunesse ou pendant le chemin qu’elle emprunte pour aboutir à sa vengeance.
Elle est entourée par une galerie d’acteurs d’une belle variété et subtilement construits.

Rubén Del Rincón, en auteur complet, assure le scénario, le dessin et la mise en couleurs. Il retient un dessin semi-réaliste, accentuant les expressions de ses personnages, leur donnant une expressivité d’une belle qualité. Il travaille ses décors, assortit le cadre aux différentes et nombreuses actions tout en privilégiant la mise en images des protagonistes.

Avec cet album Rubén Del Rincón, signe une magnifique histoire portée par une héroïne d’une grande humanité, avec ce qu’il faut d’actions attractives, le tout mis en images de façon magistrale.

Rubén Del Rincón, L’Invisible, traduction de l’espagnol par Satya Daniel, Éditions Ankama, mars 2026, 144 p. – 19,95 €.

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