Philippe Pelaez & Olivier Mangin, « Ceux qui n’existaient plus – Projet Anastasis »
Des scientifiques ont toujours cherché à mener des expériences sur leurs semblables pour mieux comprendre le fonctionnement du corps humain, du cerveau. Cet organe fascine car, il sait se protéger et il consomme 20 % de l’énergie du corps alors qu’il ne représente que 2 % de sa masse.
Ces expériences peuvent être voulues par des individus avides de comprendre ou par des États voulant pouvoir manipuler des personnes.
Certes, les outils de la propagande sont au point aujourd’hui, mais ils sont longs à mettre en place et les résultats quelque peu aléatoires. Alors, si on pouvait disposer d’un moyen fiable et rapide, cela serait bénéfique pour les dictateurs et apprentis-tyrans de tous poils.
Philippe Pelaez mêle un scénario fort documenté sur le sujet avec une belle construction pour une intrigue passionnante. Il conçoit un parcours fort édifiant sur cette expérience neurobiologique. Le fait de retenir la Russie comme cadre n’a rien à voir avec les événements actuels, le récit ayant été imaginé avant l’invasion de l’Ukraine. Mais le scénariste spécifie bien que cette histoire n’est pas dédiée à Poutine
Natacha revit une scène dramatique, le souvenir de ses enfants assassinés. Elle est dans un avion, avec dix-neuf autres personnes, tous des fracassés de la vie. Ils sont accueillis par le professeur Vetrov qui pilote le projet Anastasis. Ils sont là pour un an. Mais, une dame regrette sa décision et demande à repartir. Les autres s’installent.
Le protocole débute très vite. Mais, pour Natacha Karpovna, les analyses ont décelé une forme précoce de la maladie d’Alzheimer. Elle doit débuter un traitement particulier. Lorsqu’elle s’éloigne, un assistant de Vetrov lui demande si elle a avalé tous les bobards qu’il a racontés. Or, elle a été choisie par le professeur pour ses facultés singulières.
Son cauchemar habituel l’ayant réveillée, Natacha voit, par la fenêtre de sa chambre, un transport qui l’intrigue. Elle se rend à l’endroit repéré, et trouve le cadavre de la femme qui a voulu partir. Sur la fiche, elle porte un autre nom. De plus, elle est morte le 14 août et… le 22 octobre, avant-hier !
Et les expériences continuent jusqu’à ce que Natacha commence à comprendre ce qui se trame…
Pour faire vivre son histoire, il retient une belle galerie de protagonistes et donne aux acteurs principaux des patronymes de héros d’œuvre d’auteurs russes comme Gorki, Pouchkine… Il introduit également nombre de références au 7eme art.
Olivier Mangin assure le dessin, un dessin proche de la Ligne claire, efficace pour exprimer les sentiments, dynamiser les actions. Les cadres médicaux ont permis à l’illustrateur de se pencher sur une variété de décors qu’il n’avait pas encore abordés. Avec une mise en page recherchée, il offre une mise en images, des cadrages de belle facture.
La mise en couleurs est signée par Yoann Guillé. Celui-ci a exploré plusieurs atmosphères, retenant une tonalité assez froide, celle d’une Russie angoissante, mariée à un univers clinique par nature dépouillé.
Ce récit sur les manipulations génétiques se lit avec un grand intérêt pour l’intrigue documentée et dynamique, pour un graphisme efficace.
serge perraud
Philippe Pelaez (scénario), Olivier Mangin (dessins), Yoann Guillé (couleurs), Ceux qui n’existaient plus – Projet Anastasis, Bamboo, label « Grand Angle », mars 2023, 72 p. – 15,90 €.