Philippe Geluck, Le chat passe à table

Philippe Geluck, Le chat passe à table

Un Geluck décidément en verve

Ce dix-neuvième album du dessinateur belge et père du Chat est, comme le précédent déjà chroniqué ici, un bel objet en soi, puisqu’il s’agit en fait d’un coffret de deux albums à l’italienne (« Il n’y a pas un chat » et « Le chat est parti »), agrémenté de la Gazette du Chat, le tout concocté par Philippe Geluck.
Comme à son habitude, le célèbre Belge passe au crible de sa fourchette acérée des sujets d’actualité et de la vie de tous les jours, tels les éternelles absurdités de l’être humain (« Au musée de l’homme, il y a des toilettes pour dames ; c’est tout de même un signe », « L’intérêt de la guillotine, c’est que même si le condamné est innocent, il devient automatiquement coupable ; coupable en deux », « Le balayeur de rue, c’est un peu la femme de ménage du SDF ; y en a quand même qui se font pas chier »), la religion – qui faisait l’objet principal de l’opus précédent –, la maladie (« Cinq fruits et légumes par jour ; si on compte les fruits de mer, c’est supportable »), l’éducation et les rapports humains (« J’ai connu un faux-cul qui faisait des vraies merdes », « C’est au pied du mur du son qu’on reconnaît l’aviateur »), les animaux – et pas seulement les chats mais aussi les chiens, qui dans une vignette implorent le dessinateur d’évoquer aussi leur condition, et plus généralement toutes les hypocrisies, contradictions, mauvaises foi et autres mesquineries propres à notre époque (« Je suis d’accord pour admettre que l’Italie ressemble à une botte, mais admettez tout de même que la Floride ressemble à une bite », « Si Zorro avait eu un portable, il aurait utilisé un numéro masqué »).

Les maximes ou plutôt les sentences assénées par le personnage devenu culte s’égrènent à une vitesse d’autant plus appréciable ici que Geluck, décidément en verve, ne se contente pas d’une vignette par page, elles sont parfois plusieurs et sur des sujets pas forcément identiques ni même approchants. L’impression de foisonnement ressentie en est augmentée, à l’instar d’un menu dégustation dans un restaurant gastronomique, et pour notre plus grand plaisir : si l’on n’aime pas absolument tous les plats, la variété est telle que chacun trouvera son bonheur, sans jamais toutefois risquer l’écœurement.
Car il y en a pour tous les goûts, du plus raffiné ou engagé au plus grivois (« Trop de journalistes sont emprisonnés pour leurs idées (Amnesty International). Et tellement de journalistes mériteraient de l’être pour en avoir si peu (le Chat). », « Si les seins ce sont les glandes mammaires, je ne vois pas pourquoi les couilles ne s’appelleraient pas les glandes mompères ?»). Si Geluck, qui s’enorgueillit de ne rien respecter, est devenu un auteur de BD si largement respecté lui-même, si son irrévérence bien réelle ne ternit pas son succès, c’est sans doute grâce au large panel de ses talents, à sa capacité de caméléon à s’adapter à tous types de public (du canapé rouge d’un Michel Drucker aux pages de Sine Hebdo).

agathe de lastyns

Philippe Geluck, Le chat passe à table, Casterman, octobre 2014, 2×96 p – 17,95 €.

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