Philippe Geluck, La Bible selon le Chat
Le Premier Testament selon Geluck
Tome 18 des aventures du célèbre Chat, cette « Bible » est comiquement co-signée par Philippe Geluck et Dieu lui-même. De l’aveu de l’auteur belge, il ne pouvait faire autrement, pour ce nouvel opus, que de citer celui qui « est tout de même l’auteur d’une partie du scénario ». On le devine d’emblée, ce beau coffret et ses deux albums à l’italienne (Livre premier et Livre second) entrent, si ce n’est par la forme du moins par le fond, tout à fait dans la lignée de l’œuvre geluckienne. Volontiers provocateur, sur un sujet que d’aucuns trouveront sensible, Geluck s’autorise à caricaturer le Créateur sous les traits de son Chat, et en éternel (avec ou sans jeu de mot) maladroit dans son œuvre : il se « prend le râteau » en plein visage alors qu’il sème des légumes – ce qui lui permet de découvrir les corps lumineux –, il a la gueule de bois un lendemain de repas trop arrosé, il copule avec la mort puis se dispute avec elle, engendrant la disparition de tous les êtres qu’il avait créés auparavant, il étouffe son ami le mouton en le serrant trop fort contre lui – ce qui n’est finalement pas très grave, puisqu’il a le pouvoir de le ressusciter à l’envi.
Mais les vrais ennuis arrivent avec la création de l’homme, du moins quand celui-ci passe de l’état de bébé à adolescent pubère et donc obsédé : « Les hormones en ébullition, notre héros tentait sa chance tous azimuts », à savoir auprès d’une autruche, d’une truie, d’une carpe et même d’une moule. Lassé de le voir se comporter en goujat, Dieu se décide à lui offrir une femme, Ève. Vous connaissez la suite, sans doute, mais sous la plume de Geluck, elle est particulièrement cruelle et non moins hilarante.
Pour une première incartade dans la BD où l’histoire se poursuit d’une page sur l’autre (et non sous forme de sketches sur une seule page, comme à son habitude), le bédéiste réussit un coup de maître. À la fois drôle, malin et irrévérencieux à souhait, le coffret s’avère tout bonnement extra ! Et même si le livre ne plaira pas à tous, pour les raisons précitées, le lecteur avisé gardera à l’esprit ce onzième commandement : «Tu riras de tout, car, vu qu’on va tous crever un jour, seul l’humour te permettra d’avoir un peu de recul sur les vicissitudes de l’existence». Et cela sera bon…
agathe de lastyns
Philippe Geluck, La Bible selon le Chat, Casterman, octobre 2013, Coffret de 2 albums de 96 p. – 14,95 €