Peter James, Pour l’éternité

Peter James, Pour l’éternité

Les dommages d’un coup de foudre 

Les moyens actuels ne manquent pas pour espionner, harceler quelqu’un à distance. C’est sur cette base permise par le Web, les réseaux, les failles technologiques que Peter James construit l’intrigue de ce nouveau roman. Celle-ci s’inspire également de faits réels s’étant déroulés au Royaume-Uni.

Ce mercredi 23 octobre, Karl Murphy, un médecin de famille qui élève seul ses deux enfants depuis le décès de son épouse, quitte le golf où il vient de participer à un tournoi caritatif. Il veut rejoindre Red Westwood, une jeune femme rencontré récemment, dont il devient amoureux. Il est kidnappé et mourra quelques heures plus tard brûlé vif au bord du terrain de golf.
Red a mis deux ans pour s’apercevoir à quel point Bryce Laurent, l’homme dont elle était tombée amoureuse, était dangereux. La rupture a été très difficile. Bryce Laurent ne supporte pas la séparation, ni l’idée qu’elle puisse être avec un autre homme que lui. « Si je ne peux pas te posséder, personne ne le pourra » et il met en place un plan diabolique. Pour commencer, il installe tout un réseau pour espionner nuit et jour la jeune femme, loue un appartement en face du sien et continue de faire en sorte qu’elle perçoive sa présence menaçante. Roy Grace, commissaire de la police judiciaire du Sussex et du Surrey dort peu depuis l’arrivée de Noah, le fils de quatre mois qu’il a eu avec Cléo, qu’il va épouser très bientôt.
Appelé pour enquêter sur le cadavre calciné retrouvé par des golfeurs, il reçoit, récupéré dans une voiture abandonnée, une lettre-testament annonçant le suicide par le feu du rédacteur. Cependant, le ton du message fait douter le commissaire.
Quand Red, après avoir attendu Karl en vain, avoir maudit les hommes, laissé des messages sans nombre sur son téléphone, apprend sa mort, elle comprend que rien n’est fini. Son cauchemar continue. De plus, elle se sent épiée, observée, échappe de peu à des incendies à travers la ville, des incendies dont elle comprend la signification…

Peter James décrit le cheminement de la violence, de la folie meurtrière qui anime un homme jaloux, un homme qui ne peut concevoir que la femme qu’il aime (si mal !) puisse retrouver une vie plus normale, moins traumatisante. Il met en scène un fou furieux allant jusqu’au paradoxe de vouloir détruire ce qu’il dit aimer le plus au monde.
À travers cette histoire l’auteur décrit également les violences faites aux femmes, ces situations critiques où menaces, coups, chantages mettent les victimes dans un état psychologique effroyable. Il explicite fort bien l’état de dépendance de ces êtres maltraités face à des bourreaux qui alternent brutalité et douceur, coups et caresses. Il s’appuie sur ce constat si souvent vérifié : « Quand un homme et une femme tombent amoureux, la femme espère pouvoir le changer et l’homme espère qu’elle ne changera jamais.« 

Le romancier fait entrer immédiatement son lecteur au cœur de son récit donnant, dès les premières pages, toutes les données de l’intrigue. Peu à peu, il insère les événements du passé qui explicitent la situation actuelle et met en place un jeu terrifiant du chat et de la souris, génère une angoisse par la tension tant de la victime que du bourreau. Celui-ci, grâce à ses moyens d’investigation, dispose de toutes les informations pour avoir toujours un coup d’avance dans cette partie macabre. L’usage de chapitres très courts donnant la progression des protagonistes accentue la tension. Parallèlement, Peter James continue de dérouler la vie publique et surtout privée du commissaire Roy Grace, une vie retrouvée avec une femme aimée et aimante, un enfant qui lui fait vivre de longues, très longues périodes d’éveil.
Ce livre rappelle, par certains aspects, Robe de Marié de Pierre Lemaitre, un autre récit fort brillant de harcèlement. Avec Pour l’éternité, Peter James donne à lire un roman à l’intrigue foret menée avec maestria, où péripéties et coups de théâtre s’enchaînent sans répit. Un thriller effrayant par sa réalité !

serge perraud

 Peter James, Pour l’éternité (Want You Dead), traduit de l’anglais (États-Unis) par Raphaëlle Dedourge, fleuvenoir, coll. « Thriller », mai 2016, 480 p. – 19,90 €.

Laisser un commentaire