Paul Colize, Zanzara
Un thriller au sujet très actuel
L’action se déroule du mardi 16 juin au mercredi 15 juillet 2015. Une partie de l’intrigue trouve son origine dans des événements authentiques s’étant déroulé le 2 mai 2014 à Odessa, événements qui se sont conclus par un massacre dont les circonstances restent mystérieuses. En prenant pour héros Frédéric Peeters, Colize aborde le monde du journalisme, les rouages de ce métier et certaines de ses facettes. Pour se documenter sur ce secteur professionnel, Paul Colize a passé nombre de journées à la rédaction du Soir.
Le récit entremêle, de belle manière, une enquête de type policier et les vicissitudes personnelles du héros. C’est un être complexe, avec des relations familiales laborieuses tant paternelles que maternelles. Sa liaison torride, mais touchante et tendre, avec Camille le comblait. L’auteur construit un personnage tourmenté, mais si magnifiquement humain avec ses faiblesses, ses fractures, sa bravache pour masquer ses peurs, sa fascination pour la mort…
Frédéric Peeters, Fred, aime le risque au point de narguer la mort dans des paris fous comme remonter le Ring à contre-sens. Il est également responsable de l’équipe qui gère l’édition en ligne du Soir, le grand quotidien belge. Ils sont neuf, quatre filles et cinq garçons tous en dessous de trente ans. Mais l’essentiel du travail consiste à utiliser les informations qui arrivent. Quand il reçoit un appel téléphonique d’un homme qui veut rencontrer un journaliste pour des révélations sur ce qui s’est passé ce jour-là, qui se dit menacé car : « Ils feront tout pour me faire taire. Ils ne veulent pas que cette affaire éclate au grand jour.« , Fred hésite entre un plaisantin, un taré ou l’opportunité d’un scoop. Rendez-vous est pris pour le lendemain à la première heure, chez l’homme.
Lorsqu’il arrive, il trouve son correspondant le crâne éclaté par une balle. La police, prévenue, a du mal à accepter la version de Fred car l’homme est mort… depuis trois ou quatre jours. Auprès d’un policier il apprend que le dossier est classé, les enquêteurs concluant à un suicide. Il reprend la série de photos prises avec son iPhone, en attendant la police, et constate que l’ordinateur a disparu et que le pistolet est à quelques mètres du corps, sous le bureau.
Depuis quelques temps, Fred vit une passion amoureuse avec Camille, déjà mariée, libraire de son état. Aussi, quand il apprend qu’elle suit son mari, muté à l’étranger, une large part de son univers s’effondre. Cependant, des questions le hantent. Comment cette arme a-t-elle pu arriver si loin du corps ? Où est l’ordinateur ? Qui a le téléphone du défunt et appelle en son nom ? Espérant le scoop qui lui ouvrira la porte du journalisme d’investigation, il se lance sur cette affaire sans se douter qu’il met les pieds dans un beau nid de serpents…
Avec un style très particulier fait de mots quotidiens, de phrases concises, de chapitres courts, cadencés par un rythme nerveux, le romancier maintient un suspense, une tension narrative tout au long du livre, jusqu’à une conclusion imprévisible, mais imparable. Paul Colize est un magnifique raconteur d’histoires. Il teinte son récit de multiples touches d’humour, un humour souvent sarcastique, épinglant les travers de la société et les attitudes humaines tant celles de son héros que celles des protagonistes qui composent la superbe galerie qui accompagne celui-ci.
Avec Zanzara, qui signifie moustique en italien (titre intrigant, pourquoi un tel choix au juste ?), Paul Colize était entré dans la cour des grands auteurs de polars avec, entre autres, Concerto pour quatre mains (Fleuve noir – 2015) ou Un long moment de silence (Folio – 2014). Grâce à Zanzara, un livre qu’il est difficile de refermer avant la fin, il passe au pinacle !
serge perraud
Paul Colize, Zanzara, fleuve noir, mars 2017, 320 p. – 19,50 €.
One thought on “Paul Colize, Zanzara”
Merci pour votre belle chronique.
Anecdote amusante, le roman que j’écris pour l’instant se passe en grande partie à …Beausoleil.