Olivier Barde-Cabuçon, Hollywood s’en va en guerre
Un contexte politique étonnamment contemporain…
C’est à Lindquist, propriétaire d’un petit studio à Hollywood, que le conseiller de Roosevelt s’adresse pour réaliser un film de propagande. Le Congrès refuse l’entrée en guerre contre l’Allemagne nazie malgré les pressions du Président. Le cinéma est un magnifique vecteur pour faire évoluer l’opinion. Le rôle principal doit être tenu par Lana Lass, dite Lala, une star qui a fait ses débuts dans ce studio.
Celle-ci a un rendez-vous discret avec Vicky Mallone, une détective. On lui a volé des photos compromettantes, des photos avec une femme, Elle craint le scandale qui pourrait discréditer le film, et donc son message, ainsi que la suite de sa carrière. Elle pense que le vol a eu lieu pendant une réunion chez elle et donne les noms des participants.
Vicky commence une enquête toute en finesse pour ne pas mettre en cause sa cliente, se fait nommer assistante pour pouvoir aller et venir dans les pas de la Star. Mais, très vite des événements incongrus l’interpellent car…
Le romancier dresse un état des lieux avec la précision d’un historien. Il donne un portrait d’Hollywood et d’une partie de l’opinion américaine en cette année 1941. En Europe, les armées nazies semblent invincibles. Roosevelt sent le danger et veut engager la lutte, mais il a contre lui l’America First, un mouvement antisémite et isolationniste.
Pour mener son récit, l’auteur retient une femme comme détective privée. Proche de la quarantaine, elle est divorcée, mère d’un garçon qu’elle ne peut pas élever. Elle aime les femmes et les alcools, les alcools et les femmes. Sur les pas de Vicky le lecteur entre dans les studios, dans les lieux de décisions, découvre le fonctionnement de cette industrie, le statut des stars, leur recrutement. Il croise des grandes figures de l’époque entre Errol Flynn, Lindbergh, Jack Hudson, Louis B. Mayer, le patron de la Metro-Goldwyn-Mayer…
La galerie des protagonistes est largement ouverte pour mettre en scène des individus représentatifs des principales catégories de la population. Si les vedettes sont présentes, c’est aussi les candidates, les candidats à la gloire, ceux qui œuvrent dans l’ombre. C’est le sort de femmes qui rêvent d’une vie de luxe en regardant les revues et leurs articles mensongers. Avec le pasteur Louis Miller et l’Église du Seigneur revenu, ce sont les hypocrisies des Évangélistes, les discours moralisateurs mais aussi l’attrait de l’argent et le silence de plomb sur leurs écarts.
C’est également le poids du Code Hays qui voit le jour pour contrer les exactions de La Légion de la décence. Will H. Hays est un presbytérien qui instaure un certain nombre de recommandations morales pour la conception et la réalisation des films. Le romancier place en titre de ses chapitres ces commandements. Mais toutes ces exhortations n’empêchent pas la débauche. Il fait dire à une jeune femme : « Des femmes ils en ont tellement à leur disposition. Nous ne sommes que du bétail pour eux. Ils ne prennent même plus le temps de nous allonger, ils nous baisent debout contre le mur. » Cependant, l’héroïne déclare ses convictions : « Je suis toujours partisane d’entrer en guerre contre les cons. Alors pensez : les nazis !«
Olivier Barde-Cabuçon signe un roman remarquable pour sa richesse historique, l’enquête menée par une héroïne atypique (en 1941) mais attachante, pour son hommage aux grands écrivains de l’époque. Le dénouement peut faire penser à une suite, une suite que l’on ne peut que vivement souhaiter.
serge perraud
Olivier Barde-Cabuçon, Hollywood s’en va en guerre, Folio Policier n° 1018, avril 2024, 416 p. – 9,40 €.