Nicolas Jarry & Ornella Savarese, Empires – t.04 : « La Compagnie des Écorchés »
Une dark fantasy implacable
Quel plaisir de retrouver l’univers sombre et fascinant d’Empires ! Avec ce quatrième tome, Nicolas Jarry et Ornella Savarese offrent une bande dessinée puissante, visuellement soignée et narrativement dense. Cette fresque de vengeance et d’amitié entraîne dans un tourbillon d’émotions et de réflexions, sans jamais desserrer la tension.
Samara se hâte. Elle suit la piste d’une horde de Skrölls avec une unique pensée, sauver ses sœurs. Elle rejoint le campement des pillards, et tue l’amant de la chef. Puis, elle incendie des tentes en fuyant avec ces bandits aux trousses.
Derrière les murailles d’une petite cité fortifiée, Kahanë et Mira attendent la fin avec ce qui reste d’un groupe de soldats, la Compagnie des Écorchés qu’elles ont fondée. Elles défendent cette localité, la dernière des trois ayant fait sécession avec l’empire. Ce sont les forces de celui-ci qui attaquent après avoir anéanti les deux autres cités. Et Kahanë raconte pourquoi et comment elles se retrouvent dans cette situation dramatique. Elles étaient des guerrières réputées, mais pour sauver sa prime, leur capitaine les a trahies, espérant les envoyer à la mort.
Depuis, elle ont juré de se venger. Mais elles ne le tueront que lorsqu’elles lui auront tout pris, son honneur, sa fortune et sa compagnie. Mais…
Les trois sœurs forment un trio fameux, mais ne sont pas des archétypes figés. Chacune a sa voix, son style, ses blessures. Leur lien est fort, complexe, parfois conflictuel, mais toujours affectif. On sent une volonté de peindre des femmes fortes, libres, et profondément humaines.
Le récit alterne entre scènes de combat brutales, flashbacks douloureux et introspections silencieuses. Chaque sœur incarne un caractère bien campé. L’une agit avec rage et instinct, alors qu’une autre manipule les réseaux d’influence, et la troisième semble guidée par une force presque chamanique.
Leur quête les mène à croiser des figures troubles, des anciens alliés devenus des ennemis, des nobles corrompus et des créatures surnaturelles. Elles évoluent dans un monde où la décadence et la trahison sont la norme.
Leur vengeance n’est pas un acte impulsif, mais presque philosophique. Les héroïnes ne cherchent pas simplement à tuer le traître, elles veulent le briser. Cette approche soulève des questions sur la justice personnelle, la cruauté calculée, et la transformation de la douleur en pouvoir. Parallèlement, le récit explore comment les femmes peuvent exister dans un monde dominé par la brutalité masculine sans se fondre dans ses codes. L’absence de manichéisme renforce la complexité de cet univers où personne n’est totalement innocent.
Le trait d’Ornella Savarese est précis, parfois brutal, donnant corps à des visages marqués par la douleur et à des décors monumentaux. Les ambiances nocturnes, renforcées par les couleurs de Silvia Fabris, plongent le lecteur dans une atmosphère oppressante. La mise en page, dynamique sans être confuse, accompagne la narration avec fluidité. Chaque case semble pensée pour une immersion totale, où le regard est guidé sans effort mais jamais sans tension.
Entre fresque politique, quête intérieure et sororité vengeresse, cet album s’impose comme une pierre angulaire d’une série qui ne cesse de gagner en profondeur. « La Compagnie des Écorchés » est un album qu’on parcourt avec intérêt pour son univers riche, ses personnages bien construits, et un graphisme qui offre de belles ambiances.
serge perraud
Nicolas Jarry (scénario), Ornella Savarese (dessin) & Silvia Fabris (couleurs), Empires – t.04 : La Compagnie des Écorchés, Éditions Oxymore, coll. Fantasy, juin 2025, 56 p. – 16,50 €.