Nathalie Rheims, Place Colette – Rentrée 2015

Nathalie Rheims, Place Colette – Rentrée 2015

Une adolescence peu commune

Le nouveau roman autobiographique de Nathalie Rheims a un contenu propre à étonner les lecteurs ayant vécu une adolescence normale, et à émouvoir ceux dont les souvenirs ressemblent ne serait-ce qu’un peu aux siens. À douze ans, au sortir d’une maladie très éprouvante, la narratrice passe l’été dans la maison familiale, en Corse, où même les invités se sentent chez eux davantage qu’elle. Petite dernière d’une fratrie prise par d’autres préoccupations, Nathalie est en outre négligée par les parents qui se partagent entre leurs liaisons adultérines, les mondanités et l’ambition (le père souhaite devenir académicien).
Les enfants de son âge lui paraissent stupides ou agaçants ; son seul refuge, c’est la lecture, avec une prédilection pour les classiques. Au hasard d’une visite, elle se retrouve éblouie par Pierre, sociétaire de la Comédie française, de trente ans son aîné. Cette passion sera des plus salutaires, lui permettant de trouver à sa vie d’adolescente un sens où se conjuguent l’amour et le théâtre.
Pour ne pas priver le lecteur du plaisir qu’impliquent les péripéties, contentons-nous de dire que la narratrice aura des succès dans les deux domaines. Le plus intéressant dans le récit, ce n’est pas le résultat de ses tentatives de séduire et de devenir comédienne, mais la série d’expériences intérieures qu’elle traverse, transcrites avec efficacité. De fait, le meilleur atout du livre, c’est la manière vive dont les émotions de la protagoniste sont mises en scène, et qui nous fait passer sur certains défauts de l’écriture (parsemée de lourdeurs et de maladresses, surprenantes chez un auteur expérimenté).

Si l’on reste sur sa faim, c’est surtout à cause du choix de privilégier presque exclusivement le point de vue de la jeune fille, au lieu de l’entrelacer avec celui de la narratrice adulte. Le lecteur n’a pas moyen de se contenter, par exemple, des conclusions – le plus souvent erronées ou partielles – que tire l’adolescente du comportement de son bien-aimé ; on lit entre les lignes pour se faire sa propre opinion, peut-être inadéquate, toutefois en décalage inévitable avec les impressions d’une fille si jeune.
Si la romancière nous avait fourni son interprétation de femme mature, elle aurait peut-être su contrecarrer l’idée regrettable qui s’impose lorsqu’on referme l’ouvrage : celle d’une liaison où, plusieurs années durant, aucun des protagonistes n’a fait autre chose que de nourrir son amour-propre par le biais de l’autre et de le manipuler – l’adolescente, instinctivement ; son amant, plus consciemment.
Quoi qu’il en soit, c’est là une lecture entraînante et qui pourrait vous être très profitable si vous êtes parent(e) de jeunes filles.

agathe de lastyns

Nathalie Rheims, Place Colette, Léo Scheer, août 2015, 320 p. – 20,00 €.

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