Maxime Rovere, Le Clan Spinoza

Maxime Rovere, Le Clan Spinoza

Ni chair ni poisson

L’universitaire Maxime Rovere retrace, dans ce livre, autour de la figure centrale de Spinoza, le contexte historique, social et intellectuel où sa pensée a pris forme. Le titre renvoie à la fois à la famille du penseur et (surtout) aux savants qui étaient ses amis ou ses antagonistes, dont les idées ont fait évoluer les siennes propres, souvent par le biais des controverses.
Le texte combine les citations, les donnés factuelles et la reconstitution romancée, s’adressant à un public plus large que celui des amateurs de philosophie.

Si la démarche de l’auteur (qui s’inscrit dans une collection définie par “l’exactitude des sources racontées à la manière d’un roman“) n’a rien pour nous déplaire a priori, le résultat concret de ses efforts pour conjuguer les idées et la fiction n’est pas toujours satisfaisant. Du point de vue de la vulgarisation philosophique, Rovere a bien réussi à rendre accessibles les raisonnements et les débats de ses personnages.
On apprécie aussi son souci de représenter de façon nuancée, plutôt qu’en bloc, les courants de pensée dont il traite. Sa mise en scène de la communauté juive d’Amsterdam et de ses rabbins (très portés à se disputer) est aussi instructive que pittoresque.

En revanche, la manière dont il s’y prend pour rendre “romanesques“ Spinoza et son entourage intellectuel apparaît comme laborieuse dans maints chapitres. De fait, les procédés du récit qui visent à “faire vivre“ les personnages sous les yeux du lecteur sont trop élémentaires pour être convaincants, consistant trop souvent à décrire leur gestuelle ou à les faire boire et manger, tandis que les répliques fictionnelles comportent des termes et des formules anachroniques qui jurent de façon agaçante avec les citations. Quelques exemples : “STOP !“ (p. 90), “T’es pas sérieux !“ (propos de Spinoza adressé à son père, p. 98), “Mais ouais c’est bon“ (p. 286) – sans compter les onomatopées qui parsèment le texte, probablement choisies pour faire “naturel“, et qui parachèvent l’impression que l’auteur n’est vraiment pas doué pour le dialogue.

En somme, ce n’est pas un roman digne de ce nom, et les maladresses de la fiction nuisent à l’effet d’ensemble de l’ouvrage.
S’il fallait le recommander à un lectorat précis, ce serait aux élèves de terminale et à leurs parents, en guise d’introduction limpide à une étape importante de l’histoire des idées.

agathe de lastyns

Maxime Rovere, Le Clan Spinoza, Flammarion, coll. «Libres champs», janvier 2019, 560 p. – 10,00 €.

One thought on “Maxime Rovere, Le Clan Spinoza

  1. Bonjour.
    Je n’ai pas encore lu le livre, mais je trouve que le reproche d’anachronisme de certaines répliques est injuste. Ne peut-on pas alléger un propos par un peu d’humour? Faut-il toujours se prendre au sérieux pour travailler sérieusement? La joie donnée par l’humour n’est elle pas une passion joyeuse qui augmente notre puissance d’agir? J’en reste à la partie positive de la critique, le deuxième paragraphe.

Laisser un commentaire