Martin Aurell & Sylvain Gouguenheim, Les Croisades. Histoires et idées reçues

Martin Aurell & Sylvain Gouguenheim, Les Croisades. Histoires et idées reçues

Existe-t-il une histoire plus polémique que celle des croisades, symboles de la violence occidentale et de l’obscurantisme religieux du catholicisme? N’est-il pas temps de les étudier avec la sérénité et le détachement de l’historien? Ne faut-il pas expliquer au grand public les réalités de ce phénomène majeur?

On lira donc avec un très grand intérêt les études rassemblées par Martin Aurell et Sylvain Gouguenheim et qui combattent toutes les idées reçues sur les croisades. L’introduction pose d’abord une définition claire d’une croisade, avant tout un pèlerinage armé, d’où une fine distinction avec les « guerres saintes », lesquelles ne concernent pas forcément une terre dotée d’un caractère sacré. « La croisade, nous disent les auteurs, pèlerinage armé et « guerre sainte » en direction de Jérusalem et du Saint-Sépulcre, lieux saints de la religion chrétienne, est un phénomène unique. »

La croisade s’adresse à tous, et pas seulement à des guerriers. D’où la forte présence des femmes, dont le rôle et la place, en Terre sainte comme « à l’arrière », sont très bien analysés. De son côté, la papauté eut une influence décisive dans la formation et l’entretien de l’esprit de croisade, lui fournissant son cadre religieux mais aussi législatif, dans le contexte fondamental de la réforme grégorienne. Elle le fit aussi à travers les ordres militaires qui dépendaient d’elle, tout en offrant aux laïcs un rôle très actif, « dans une vie religieuse encadrée par une règle stricte. »

Pourtant, les croisades suscitèrent bien des remous, et même des contestations. le lecteur sera surpris de découvrir ces oppositions à la violence, au sang versé, aux défaites provoquées par les péchés des croisés et à la pression fiscale sur les biens ecclésiastiques. Tout comme on découvre des Byzantins qui, loin d’appeler les croisés francs à leur secours, les virent très vite comme une menace pour l’ordre, la prospérité et l’indépendance de l’Empire. Et avec raison comme le montra la 4ème croisade.

En fait, ce livre et ses remarquables auteurs rappellent qu’il n’y a pas pire crime, dans l’étude historique, que l’anachronisme.

Martin Aurell & Sylvain Gouguenheim, Les Croisades. Histoires et idées reçues, Perrin, mai 2025, 400 p. – 23.50 €.

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