Jørn Lier Horst, Le Mal en personne
Le plaisir de faire le mal
La première enquête de William Wisting, ce policier norvégien, est parue en 2004, mais non encore traduite en français. Depuis, le détective de la police du comté de Vestfold a résolu quinze affaires. Le présent roman raconte sa quatorzième. Une série télé norvégienne a été tournée, adaptant Les Chiens de chasse et L’Usurpateur, diffusée en 2019.
C’est à Eftanglandet que va se dérouler la reconstitution pour tenter de retrouver le corps de Taran Norum, une jeune fille de dix-neuf ans, disparue au retour d’une soirée. Deux autres jeunes filles ont déjà été tuées et depuis quatre ans, Tom Kerr, le tueur est emprisonné. Ce sont des confidences faites à un codétenu qui motivent cette opération.
Bien que Wisting soit réticent, Line, sa fille journaliste est présente, missionnée pour filmer cette reconstitution. Elle envisage de réaliser un documentaire sur ce tueur et ses victimes.
Sur le sentier qui doit mener à la tombe de Taran, le tueur trébuche et tombe. Son avocat estime qu’il est trop entravé pour pouvoir se déplacer facilement sur ce terrain accidenté. Kerr avance plus facilement mais soudain, il bondit en avant et une explosion violente retentit. Le maître-chien libère son animal. Deux coups de feu retentissent.
Le tueur s’est échappé, mais il est porteur de deux émetteurs dont l’un a été placé en dernière minute.
Cette opération a été montée par la police pour découvrir l’Autre, le complice de Kerr, un tueur lui aussi, qui a préparé minutieusement l’évasion. Or, même montée avec le plus grand soin, des impondérables peuvent faire capoter une action, c’est ce que constate William Wisting. Mais les criminels ne restent pas inactifs et…
Le romancier souhaite, particulièrement dans ce livre, parler de la cruauté, du désir d’infliger de la douleur et des souffrances à autrui. Dans son passé de policier, il a souvent l’occasion de rencontrer des individus qui avaient commis des actes odieux, nuisibles. Mais il compte sur les doigts d’une main ceux qui voulaient faire du mal pour le mal. Il a, pour pouvoir construire ses personnages indignes, investi le domaine de la psychiatrie médico-légale du meurtre et ses thématiques.
Jørn Lier Horst met en scène ce qu’il a bien connu, des policiers qui sont avant tout des femmes et des hommes avec leur dimension humaine. Il ne cherche pas à présenter des supermans, des détectives qui comprennent tout, tout de suite, et se lancent sans hésiter sur les bonnes pistes. Mais il montre également les intérêts, l’ambition, de certains, leur ambition, qui voient l’occasion de se pousser du col pour espérer une promotion.
Et les enquêtes reprennent avec les éléments dont ils peuvent disposer. Qui a été récemment en contact avec le tueur pour préparer son évasion ? Il faut fouiller dans le passé de ces individus, de ceux qui semblent fascinés par cette violence, cette cruauté. Ce sont aussi le sort de ceux qui ont subi blessures, plus ou moins graves, et que l’on va suivre dans leurs parcours.
Une fois encore, Jørn Lier Horst propose un récit accaparant avec la dimension très humaine de ses protagonistes et son art de mener des intrigues fouillées jusqu’à une conclusion toujours surprenante.
serge perraud
Jørn Lier Horst, Le Mal en personne (Illvilje), traduit du norvégien par Céline Romand-
Monnier, Folio policier n° 1040, février 2025, 416 p. – 9,50 €.