Jean-Yves Boriaud, Hérétiques !
La chasse mortelle de l’hérétique
Par quels mécanismes l’Église catholique, qui ne veut pas la mort du pécheur mais sa conversion, a-t-elle plongé dans la chasse mortelle de l’hérétique ? Question cruciale en vérité tant le dossier de l’Inquisition est, encore de nos jours, central dans le réquisitoire anticatholique. L’historien Jean-Yves Boriaud apporte, dans une étude documentée, des éléments de réponse intéressants.
Il y a tout d’abord une réalité religieuse du christianisme : celle de sa complexité, de ses subtilités. Véritable porte ouverte à toutes les interprétations, lesquelles rendent pratiquement impossible son unité. Pour autant, l’Église définit très tôt un corpus dogmatique dont il n’était pas question de s’écarter, au risque de tomber dans l’hérésie. D’ailleurs, elle ne cessa de la désigner sous le nom de son fondateur pour mieux en souligner l’origine humaine, et non divine.
Cette problématique originelle se trouva aggravée quand le IVe Concile de Constantinople élargit, en 869, les bases du dogme en y intégrant la Tradition de l’Église, ce qui alimenta, en réaction, les puissances volontés de retour à une « pureté scripturaire », à la mythique Église des origines, fantasme de toutes les hérésies jusqu’à nos jours.
Enfin, dernière erreur, l’appel au pouvoir séculier dans le processus de répression, et dans sa phase finale notamment. Cette intrusion temporelle dans les jugements dogmatiques ouvrit la porte à la violence des répressions puisque le politique voyait dans l’hérétique un élément de division intolérable pour son autorité. La machine était lancée et ne s’arrêta plus. Le contexte des croisades transforma l’Église en une Église de guerre tandis que le catharisme, par son ampleur, nécessita de transférer la répression au Saint-Siège, là où l’autorité d’un évêque ne suffisait plus. De son côté, Saint Thomas d’Aquin valida élimination du danger que représentait l’hérétique.
On notera deux derniers points qui nous ramènent à notre époque qu’on pourrait croire débarrassée du phénomène de l’hérésie. L’auteur distingue toujours les hérésies des « intellectuels » de celles du « peuple », ces dernières étant souvent alimentées par le rejet d’un clergé indigne. Et il montre le danger que représente une « erreur » quand des évêques sont touchés et qu’ils se mettent à la professer.
frederic le moal
Jean-Yves Boriaud, Hérétiques! Quand l’Église condamnait au bûcher, Perrin, février 2025, 416 p., 24.90 euros