Jean Verdon, La vie quotidienne au Moyen Age
Une synthèse vivante et accessible
Le Moyen Age, une période qui s’étale sur presque dix siècles, reste à beaucoup d’égards mal connu ou source d’informations erronées. Celles-ci sont véhiculées, en particulier, par des films ou des séries d’auteurs plus en mal de sensationnel que de vérité historique. Hollywood, dans ce domaine, mérite la première place sur le podium.
Mais relater la vie quotidienne d’une telle période, qui va de la fin de l’Empire romain d’Occident à la Renaissance et aux grandes découvertes, soit du Ve siècle à la fin du XVe, semble difficile. Il est évident, même si les progrès et les évolutions n’ont pas été rapides que ceux que nous connaissons aujourd’hui, que la vie du contemporain de Clovis n’a plus de rapport avec celui du règne de Louis XI.
L’auteur choisit d’explorer tous les aspects du quotidien de cette époque « en suivant l’homme médiéval de sa naissance à sa mort. » Entre les deux, il présente toute une série de thèmes directement liés à l’existence des individus comme grandir, étudier, se marier, manger, boire… Ainsi, en vingt-deux chapitres, il fait le tour presque complet du quotidien moyenâgeux.
Pour mieux apprécier la description de l’existence telle qu’elle est décrite à travers les témoignages tirés des récits il faut prendre en compte quelques paramètres et les contraintes sociétales. La perception du temps et de l’espace est bien différente de celle que l’on peut avoir aujourd’hui. La Terre est plate et elle le centre du monde. Le soleil tourne autour. La vie est plus courte. Les déplacements sont limités ou amènent à partir de chez soi pour des mois, voire des années. Le temps de travail est dicté par la lumière du jour pour l’immense majorité de la population, essentiellement des paysans. Les heures ont donc des durées différentes. On mesure le temps en heures. Les minutes « n’existent » pas encore.
La religion pèse de tout son poids et ses doctrines construisent la vie des individus. Mais elle n’empêche pas l’émergence et le développement de superstitions. L’année débute à Pâques. L’homme du peuple est illettré et, pour lui, la tradition orale joue un rôle essentiel. La datation des événements se fait en fonction de repères locaux, familiaux. Les nouvelles se propagent par la voie orale en fonction des voyageurs. Chaque région dispose de mesures spécifiques tant dans les poids, les distances que la valeur de la monnaie. Les nombre sont mal appréhendés et les récits sont à relativiser aussi en fonction du volume de la population. Une foule immense pouvait ne comporter que quelques centaines d’individus. Les écrits sont souvent des récits repris, remaniés par le rédacteur selon des raisons ou des motivations qui restent bien obscures…
S’appuyant ainsi sur les témoignages tirés des quelques récits issus du Haut Moyen Age, des textes plus nombreux vers la fin de l’époque, Jean Verdon livre un panorama exhaustif de la façon dont nos ancêtres ont vécu et évolué au cours d’un millénaire. Il offre un essai fourmillant d’informations de toutes natures, même les plus minimes pour un éclairage étonnant d’une époque qui n’était pas aussi obscurantiste qu’on a bien voulu la dépeindre.
Un remarquable ouvrage qu’on ne se lasse pas de consulter.
serge perraud
Jean Verdon, La vie quotidienne au Moyen Age, Perrin, avril 2015, 384 p. – 21,00 €.