Jean-David Morvan & Rafael Ortiz, Au cœur de la Terre – Première partie

Jean-David Morvan & Rafael Ortiz, Au cœur de la Terre – Première partie

Un âge de pierre brutal…

Edgar Rice Burroughs a conçu ce roman, le premier volume du cycle de Pellucidar, comme une suite trépidante d’actions, celles-ci s’enchaînant sans véritable souci de cohérence. Il écrit d’abord un roman d’aventures exotiques avec une volonté d’invention permanente. Il rompt ainsi avec les grands romans d’exploration plus ou moins fantastiques du XIXe siècle.

Il place quelques idées et quelques scènes qui ont marqués les premiers lecteurs car il fait preuve d’une belle originalité dans les péripéties et les nombreux rebondissements.
De plus, il fait état de préoccupations et de grandes thématiques en résonnance avec son époque. Paru en 1914, ce livre conceptualise de grandes mouvances. La guerre menace en Europe. Il établit une hiérarchisation des sociétés basée sur la force et l’oppression. La masculinité est battue en brèche mais des études « scientifiques » issues des travaux de Darwin consacrent l’homme blanc comme supérieur aux autres races. L’eugénisme est à la mode et l’Anglo-Saxon est le summum de l’évolution. Ce dernier se donne pour mission de veiller à la destinée humaine.

Dans un paysage étrange, une machine surgit du sol. Deux hommes en émergent qui s’interrogent sur les raisons de leur arrêt après 832 kilomètres sous la surface. David Innes et son comparse, le scientifique Abner Perry, viennent d’arriver au centre de la Terre. Ils n’ont que le temps de grimper sur un gros tronc pour échapper aux énormes buffles qui les chargent. Soudain, un étrange animal surgit de la forêt poursuivi par une meute guidée par ce qui semble être des hommes préhistoriques. Ils sont capturés et emmenés, de sauts de liane en sauts de liane, jusqu’à un village.
Les deux compagnons vont découvrir une faune, une flore et des sociétés qui, comme sur Terre, sont soumises à une hiérarchie. Et les deux hommes sont en bas de l’échelle. Comment peuvent-ils survivre dans un tel univers ?

Jean-David Morvan adapte avec tact ce roman, faisant ressortir l’esprit sans occulter l’action omniprésente. Mais il fait fi du prologue du roman où un narrateur explique que ce qu’il va raconter lui a été confié par un individu, un rescapé.
Au dessin, Rafael Ortiz adapte le scénario avec un bel art de la mise en pages. Il réalise des planches où le dynamisme fait merveille. Sa faune et sa flore sont superbes tant dans leur réalisation que dans le recherche novatrice. Ses animaux, comme ses humanoïdes, valent le détour. Les couleurs toniques sont l’œuvre de Hirayuki et The Tribe.

Cette adaptation reste fidèle au roman et donne une autre vision de l’aventure exotique, une réussite tant pour le récit que pour la mise en images.

serge perraud

Jean-David Morvan (scénario adapté du roman d’Edgar Rice Burroughs), Rafael Ortiz (dessin), Hiroyuki Oshima & The Tribe (couleur), Au cœur de la Terre – Première partie, Glénat, coll. « 24×32 », janvier 2024,64 p. – 15,50 €.

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