Jane Eyrotica /Dorian Gray – Le portrait interdit /Emma B. Libertine

Jane Eyrotica /Dorian Gray – Le portrait interdit /Emma B. Libertine

Des classiques à la sauce érotique

Voici trois romans qui ont pour point commun de se baser sur un grand classique de la littérature – anglaise ou française – en y ajoutant une touche d’érotisme, à la mode du désormais célèbre Fifty Shades of Gray (la comparaison n’est pas mentionnée au hasard, si l’on note que le titre original du Portrait interdit est Fifty Shades of Dorian Gray). En s’adjoignant le concours, et non des moindres, de trois auteurs majeurs – Charlotte Brontë, Oscar Wilde et Gustave Flaubert, excusez du peu –, des écrivains contemporains peu connus (dont Nicole Audrey Spector, fille du producteur Phil Spector, et Karena Rose, qui écrit sous divers pseudos des romans classés sous le genre « mommy porn » ou « clit-lit » et a aussi commis The Great Gatsby unbound, peut-être bientôt traduit en français chez MA aussi ?) ou spécialisés dans la romance érotique lancent un genre un peu nouveau, que l’on pourrait qualifier de « plagiat avoué et officiellement érotisé », parfaitement dans la mouvance actuelle.
Je ne ferai pas l’offense au lecteur de de lui résumer ici les histoires de ces trois chefs-d’œuvre (les originaux, s’entend), mais il est important de préciser tout de même que si l’on connaît déjà le roman-source, on ne sera pas déçu car l’histoire principale est respectée. En revanche, il ne faudra pas s’étonner que la prude Jane Eyre soit transformée en jeune fille certes bien sous tous rapports, mais quand même sacrément titillée par ses hormones (qui la font succomber à un parfait inconnu rencontré au bord d’une route, à même le fossé !). Pour ce qui concerne Emma Bovary, l’originale étant déjà une femme bouillonnant intérieurement de passion généralement frustrée, la contorsion opérée est moins compliquée, et l’on peut aisément se glisser dans la tête du personnage créé par Flaubert et imaginer exactement les scènes suscitées par l’accumulation des désirs enfouis ou refoulés.

Si l’exercice est original, il est surtout périlleux, et différemment réussi en ce qui concerne les trois exemples qui nous occupent aujourd’hui. Jane Eyrotica et Emma B. s’en sortent plutôt avec les honneurs, grâce à un style qui parvient à la fois à garder l’esprit de l’auteur et de son époque, et à s’encanailler suffisamment pour que les scènes sensuelles ne tombent pas complètement à plat. En revanche, il m’a été fort difficile de rentrer dans la lecture du Dorian Gray, surtout je l’avoue à cause d’une traduction très inégale, trop souvent calquée sur l’anglais de la version originale au point de rendre certaines phrases sinon incompréhensibles, du moins surprenantes, maladroites, voire ridicules (« … Dorian la regardait d’un air amusé, une lueur de flirt s’allumant dans ses yeux » p. 69 ; « le rouge écarlate du tissu camouflait son sang virginal, mais elle le sentit trempé à un endroit » p. 86 ; « il lui sembla que toute sa vie avait tendu vers un point parfait de joie teintée de rose » p. 125 ; « comme toute personne sexuellement expérimentée le savait, une telle violence faisait partie du processus avancé dans les ébats amoureux » p. 155 ; « Dorian attendit d’avoir entendu les portes se refermer » p. 174 ; « il souhaita pouvoir dissimuler le choc sur son propre visage » p. 196).

agathe de lastyns

– Charlotte Brontë & Karena Rose, Jane Eyrotica, traduit de l’anglais par Lucie Clarence et Madame Leszabeilles Souvestre, Pôle roman, MA Éditions, avril 2013, 300 p.- 14,90 €

– Oscar Wilde & Nicole Audrey Spector, Dorian Gray – Le portrait interdit, traduit de l’anglais par Mùira Muirfinn, Pôle roman, MA Éditions, juillet 2013, 224 p.- 14,90 €

– Gustave Flaubert & Lucie Clarence, Emma B. Libertine, poche, MA Éditions, août 2013, 298 p.- 6,90 €

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