Gregory McDonald, Rafael, derniers jours
Entre une certaine sérénité et l’horreur…
Rafael se présente pour un boulot. Il est dans les locaux de Enough Enterprises productions Limited Incorporated. C’est Freedo, un barman, qui l’a renseigné. Rafael est alcoolique, se soûle à la vodka. Où il vit, il n’y a pas de travail, pas d’avenir. C’est la misère la plus totale. Les aides du gouvernement n’arrivent plus. Rafael a fait un peu de prison pour alcoolisme. Il habite avec Rosa, son épouse, ses trois enfants, à Morgantown, le bout du dénuement.
L’oncle du jeune homme qui a reçu Rafael est intéressé par sa candidature. Il ne veut le payer que 25 000 dollars alors que Rafael en exige 30 000. Il le met au courant de ce qui va se passer pendant une heure. Il pense, en effet, que cela ne dépassera pas une heure. Il veut faire le boulot tout de suite mais Rafael demande trois jours et un acompte de 300 dollars. Ils finissent par se mettre d’accord et signent un contrat. On est lundi, le film se tournera jeudi à 11 heures. Et le récit raconte ce qui se passe pendant ces trois jours où…
Gregory McDonald installe son récit dans une partie des États-Unis, une région abandonnée. Il décrit ces lieux rayés de la carte. Morgantown est un bidonville où essaient de survivre des oubliés n’ayant que l’alcool comme avenir. Et Rafael se sait perdu à court terme. Il a mis plusieurs semaines avant de prendre sa décision. C’est la seule issue qui lui semble possible.
Le romancier reste dans les mémoires pour sa série Fletch où il anime un journaliste contestataire qui mène des enquêtes policières avec humour et ironie. Mais pour ce livre, il abandonne la littérature noire pour témoigner, raconter un degré supplémentaire de la noirceur humaine. Avec The Brave, paru en 1991, traduit au Fleuve Noir en 1996, McDonald, abandonne l’ironie pour une gravité totale. Il installe ce court récit dans une réalité terrible, presque injustifiable.
Autour de Rafael, il anime sa famille, ses rapports laborieux avec Rosa son épouse, ce producteur qui exploite d’une manière cynique la misère la plus noire, prédateur exploitant le dénuement.
Avec une écriture sans fioritures, sans élans idéalistes, ni sensiblerie, il laisse au lecteur le soin d’imaginer. D’ailleurs, en introduction, il prévient que le contenu du chapitre C, où il énumère ce qui va se passer, est traumatisant.
Dans ce livre coup de poing, le romancier fournit un visage à ceux qui ont été oubliés, rejetés ; il installe en filigrane une critique sociale et donne une belle présence à ceux qui n’en n’ont plus.
serge perraud
Gregory McDonald, Rafael, derniers jours (The Brave), traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-François Merle, Éditions 10/18 n°3791, coll. Dans le fond(s), janvier 2026, 192 p. – 8,30 €.