Gérard Cousseau & Shinja, Soà – Le silence de mes cris

Gérard Cousseau & Shinja, Soà – Le silence de mes cris

Soazig Quémeneur – Soà – a perdu, dès son plus jeune âge, l’usage de la parole et de l’ouïe après une forte fièvre qui dura trois semaines.
C’est en mai 1888 que le curé de l’île parle à François, le père de la fillette. Ayant remarqué son intelligence, il suggère qu’elle puisse faire des études. Un établissement religieux peut l’accueillir. Une religieuse, revenue du Québec, a rapporté une méthode pour communiquer avec les sourds et muets. François est hostile à cette idée. Pour lui, une fille qui fait des études alors qu’il a besoin de bras pour ramasser le Bezin (Goémon en Breton) est impensable. Il finit cependant par céder et en septembre 1888, Soà entre en pension.
Si une fille la prend en grippe dès le départ, Bernadette, une gamine trisomique s’attache à elle. Les années passent. Sa tortionnaire s’en va et les deux amies ne se quittent plus. Or, ce sont les parents de cette handicapée qui financent en partie l’établissement et ils sont reconnaissants à Soà du bien qu’elle fait à leur fille.
Une succession d’événements va donner une nouvelle orientation à sa vie quand…

La fiction se nourrit toujours de la réalité, l’adaptant, la malmenant pour lui donner un angle de vue différent, une autre approche, assemblant des faits pour construire une nouvelle histoire. On peut estimer que la fiction n’existe pas en tant que telle car elle intègre toujours une part de la réalité de notre monde, même dans les meilleurs romans d’Anticipation.
C’est le cas avec le présent album où le scénariste construit si bien son récit qu’on peut se laisser entraîner dans la biographie oubliée d’une militante. Or, il souhaitait, avec l’histoire de cette héroïne, rendre hommage aux îles du Finistère, à leurs habitants. Parallèlement, son attention a été attirée par les révélations de plus en plus nombreuses d’abus sexuels sur les enfants. Il voulait aussi aborder le handicap.

Avec son héroïne, il met en scène les goémoniers et leur difficile existence au contact d’un océan dangereux, mais nécessaire pour générer ces algues dont ils titrent leur subsistance.
Il raconte également l’engagement d’une femme à travers les époques qui courent de la fin du XIXe siècle à la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, elle vit, dans sa chair, la boucherie entre 1914-1918, la période de l’Entre-Deux guerres avec la lutte des femmes pour leurs droits, l’engagement à prendre après l’année 1940. Il met en scène le naufrage du Drummond Castle, près de l’île de Molène, où seules trois personnes survécurent sur 361.

Le graphisme a été confié à Shinja. Celui-ci assure, d’un trait solide, le dessin et propose une mise en couleurs où dominent les teintes dérivées du rouge. Il réalise un travail qui retient le regard tant dans la gestuelle de ses personnages, leurs expressions, que dans les décors. Il propose des vues de l’océan déchaîné, du travail des géomoniers comme des tranchées.

Le scénariste propose une biographie jusqu’à une conclusion étonnante, une jolie pirouette scénaristique. Un album qui présente nombre d’attraits tant dans le parcours de l’héroïne que dans la mise en images.

Gérard Cousseau (scénario et story-board) & Shinja (dessins et couleurs), Soà – Le silence de mes cris, Bamboo, label Grand Angle, février 2025, 80 p. – 17,90 €.

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