Frédéric Lepage, Le Livre des sacrifiés
Des crimes aux airs surnaturels
Frédéric Lepage remet en scène son duo atypique de policiers avec cette femme qui est la seule à accepter de travailler avec un individu de vingt-six ans, totalement déjanté. Si Noami Bell assure une police respectueuse des lois, Ken Quist est un électron libre faisant fi de toutes règles pour atteindre son but.
À new York, une recruteuse de collaborateurs pour les hôtels est garrottée, éventrée chez elle, sous les yeux de son chat.
Noami Bell et Ken Quist, du NYPD, sont appelés dans une cathédrale (Saint-Patrick ?) où le tourne-page a été garrotté, émasculé, aspergé d’alcool. Un poignard planté dans la poitrine retient un carton sur lequel est calligraphié Arthur Fincher. La victime, un sculpteur réputé, fréquentait très souvent ce lieu de culte.
Les deux limiers remontent facilement sa piste. Il était très discret. Cependant, il a fait un esclandre récemment lors d’une lecture publique par Cynthia Carter de quelques pages de son roman Pierre, Paul et Jacques sont sur un bateau. Il l’a accusée d’avoir volé sa vie. Or, cette septuagénaire assure que son livre est une fiction et qu’elle ignore tout de la vie de ce monsieur même s’il porte le même nom que son personnage. Et trois autres meurtres, commis dans des conditions identiques, mobilisent fortement les enquêteurs car les élections municipales sont proches.
La romancière, ainsi que son éditeur, semblent hors de cause. Comment cette vieille dame fragile, un mètre cinquante-huit, pourrait-elle tuer avec autant de sauvagerie ? Le duo d’enquêteurs, en concurrence avec un autre binôme de policiers, va devoir affronter l’indicible…
Frédéric Lepage propose une intrigue peu commune, mettant en œuvre des horreurs, des crimes, des trafics peu connus et jouant, avec maestria, avec des opérations bien discrètes menées fréquemment par les États. Il confronte ses limiers préférés avec un autre duo, les mettant en compétition et tirant de cette situation de belles pages d’actions, des dialogues incisifs. Il place son récit essentiellement dans New York mais amène ses héros à faire des incursions à hauts risques en Tanzanie, à Manaus au Brésil… et assure en quarante-trois jours la résolution des affaires.
Il développe une galerie de personnages aux portraits affinés, décrits avec précision tant pour leur physique que pour leur psychisme. Il fait de même pour les décors, pour le cadre où il place ses actions, faisant preuve d’une belle connaissance des lieux.
Un nouveau protagoniste intègre le groupe en la personne d’Anita Delaunay, une ethnologue particulièrement attachante. On ne peut que souhaiter la retrouver dans un rôle plus conséquent dans de prochaines enquêtes d’autant qu’elle peut, semble-t-il, faire évoluer bien des situations.
Frédéric Lepage appuie son récit sur une documentation solide, relative à nombre de sujets, utilisant au mieux celle-ci pour développer des sous-intrigues aussi passionnates que le fil principal de l’histoire. Il précise, dans une courte introduction, que les faits criminels décrits dans la seconde partie du roman résultent d’une enquête approfondie qu’il a menéE sur place auprès de victimes, d’associations de défense et des services de police.
Un roman qui stupéfie par les thèmes abordés, par le traitement de cette intrigue servie par une galerie de protagonistes remarquable. Un livre qui interpelle longtemps après la dernière page refermée !
serge perraud
Frédéric Lepage, Le livre des sacrifiés, Éditions Robert Laffont, coll. Thrillers, janvier 2025, 376 p. – 22,90€.