Frédéric Lenormand, Le Retour d’Arsène Lupin & Le Noël d’Arsène Lupin
Arsène Lupin toujours aussi brillant !
Au mois de novembre 2019, Les Éditions du Masque proposent deux romans ayant pour héros le célébrissime Gentleman cambrioleur. Si Le premier est une réédition du livre paru en octobre 2018, le second est inédit.
L’intrigue du Retour d’Arsène Lupin débute avec l’arrestation du cambrioleur qui se fait pincer par l’inspecteur Ganimard en voulant voler les bijoux d’un maharadja exposés à l’hôtel Meurice. Utilisant le principe des poupées russes, Lupin profite de la reconstitution pour s’évader et continuer sa vie sous la personnalité de Jim Barnett, le détective privé.
C’est sous ce déguisement qu’il reçoit la visite de l’inspecteur Théodore Béchoux. Celui-ci vient solliciter son aide dans l’affaire du vol de la plus grosse perle noire. Et Lupin, qui détecte très vite des anomalies, va se retrouver rémunéré pour deux choses, on achète son silence et on le charge de retrouver l’original du Delacroix remplacé par une copie.
Dans Le Noël d’Arsène Lupin, le héros évolue avec la personnalité d’Eugène Lenormand, chef de la Sûreté parisienne. C’est le soir de Noël, mais le crime ne s’arrête jamais. Lenormand et Béchoux sont convoqués par le préfet Lépine. À cause de la crue, le musée du Louvre déplace des collections et, dans le désordre, la Joconde disparaît de l’atelier de restauration où elle se trouvait. Tout accuse Lupin ! Mais si, en tant que chef de la Sûreté il doit rapidement ramener le tableau, en tant que Lupin, il a encore plus de raisons.
Il retrouve le voleur qui n’a plus la Joconde. Une découverte l’oriente vers une famille de financiers. Et c’est là que les événements se précipitent car…
Arsène Lupin reste le héros aux ressources innombrables, insaisissable, qui se sort avec brio des situations les plus difficiles. Si Maurice Leblanc, son créateur, avait déjà introduit une belle dose d’humour, de gouaille, il est était bien en dessous de ce que Frédéric Lenormand propose. Plaçant son intrigue pendant une crue de la Seine, une crue qui a l’air très importante, il trouve avec ces inondations nombre de situations cocasses et l’occasion de nombreux jeux de mots et réflexions autour de l’eau, des embarcations et du fait de patauger.
Toutefois, s’il s’agit de la crue centennale de 1910 elle n’a commencé qu’après la mi-janvier.
Si l’humour est très présent, le romancier utilise celui-ci pour approfondir son propos jouant avec le second degré, livrer des réflexions sur notre époque, sur les composantes de notre société. Il se moque, par exemple, des gens d’Église qui : « …sont réputés honnêtes et francs… », du fonctionnariat avec Lenormand qui face à des taches de classement affirme: « Il n’avait pas rejoint l’administration pour mener une vie terne et sans éclat ! Il était là pour connaître le frisson de l’aventure ! Le vertige de l’inconnu ! L’enthousiasme et la gloire ! Sinon, pourquoi devenir fonctionnaire ? »
Quant au Retour d’Arsène Lupin, une série télévisée portant ce titre a été diffusée sur FR3 en 1989, en 12 épisodes. Le hasard veut que le second s’articule autour de Lenormand chargé d’arrêter Lupin. La coïncidence est amusante.
Les récits sont enlevés, le ton est enjoué, l’écriture fluide est agréable à lire, la galerie de personnages est riche ce qui donne lieu à des dialogues pétillants. Frédéric Lenormand concocte une intrigue de belle facture. Il a su capter et restituer l’esprit du personnage, faire vivre son entregent et mettre en valeur ses prodigieuses capacités.
serge perraud
Frédéric Lenormand, Le Retour d’Arsène Lupin – Le Noël d’Arsène Lupin, Le Masque, coll « Poche », novembre 2019, 272 et 256 p. – 8, 50 € le volume.