Florjan Lipuš, Le Vol de Bostjan

Florjan Lipuš, Le Vol de Bostjan

Un bel envol

Florjan Lipuš, connu en France pour son roman L’Elève Tjaz (Gallimard), est un écrivain autrichien de langue slovène, dont la réputation n’est plus à faire dans son pays.
Les lecteurs français qui ne le connaissent pas encore devraient se précipiter sur cette nouvelle parution.

Mené à la troisième personne, le récit du Vol de Bostjan n’en reflète pas moins le point de vue du protagoniste, enfant, puis adolescent, dont le père a été mobilisé lors de la Seconde Guerre mondiale, et la mère, arrêtée par les gendarmes (sans doute pour avoir aidé des résistants). Bostjan et son petit frère se retrouvent seuls lorsque leur grand-mère meurt ; plus tard, le père revenu du front prendra soin d’eux, mais d’une manière peu appréciable, étant très dur et porté à exploiter autrui.
Bostjan erre autour de la maison où il fut heureux, que le père a abandonnée pour s’installer plus près de la ville, et se souvient d’autrefois ou rêve de Lina, la fille qu’il aime depuis des années. Il espère finir par se rapprocher d’elle, ce qui ne va pas de soi dans un village peuplé de bigots qui passent leur temps à épier autrui et à ragoter.

De ce mince canevas, Florjan Lipuš tire un roman superbe, porté par une écriture très riche et subtile (on félicite les traductrices pour l’excellence de leur travail).
Le romancier transcrit la vie intérieure du protagoniste en retraçant des promenades, répétitives mais dont chacune produit des effets inédits, et le cours de ses pensées où apparaissent diverses visions surnaturelles, insérées avec une grande habileté dans un récit par ailleurs réaliste.

Le contraste entre la laideur et la mesquinerie ambiantes, et le monde intérieur de Bostjan, suscite à la fois la compassion du lecteur pour le garçon, et l’impression qu’un être si doué ne saurait rester englué et contraint. Effectivement, Bostjan prend son envol, d’une manière que nous n’allons pas révéler, et qui est liée à son évolution mentale comme à sa volonté qui se renforce au fil du temps.
Le dénouement n’efface en rien les malheurs et les horreurs qui le précèdent, mais il a la vertu de les sublimer en changeant notre regard sur eux.

Un très beau roman, qu’on conseille vivement à tous les amateurs de littérature de haute volée.

agathe de lastyns

Florjan Lipuš, Le Vol de Bostjan, traduit du slovène par Andrée Lück Gaye & Majeta Novak Kajzer, Do, août 2021, 159 p. – 17,00 €.

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