Enrico Marini, Les Aigles de Rome – Livre VII
Avec cette série, Enrico Marini propose, dans un cadre historique rigoureux, le destin de deux hommes.
Tout commence quand les Chérusques, une tribu à la tête des peuples germaniques, offrent des otages à Rome. Parmi eux, Ermanamer, le jeune fils du chef. À Rome, il est éduqué par Titus Valerius Falco, le père de Marcus. Les deux garçons vont devenir de redoutables guerriers. On donne à Ermanamer le nom romain d’Arminius. Quinze ans plus tard, au service de Rome, il retourne en Germanie à la tête d’un détachement de cavalerie chérusque. Arminius noue alliance avec différentes nations germaniques et attaque, par surprise, l’armée romaine en 9 après J.- C. Trois légions sont anéanties lors de la bataille de Teutoburg.
Six ans ont passé et les Romains veulent une revanche. Germanicus, un chef militaire brillant, à la tête de huit légions, s’apprête à déferler en Germanie. Arminius, qui a repris son nom comprend que le danger est grand. Mais, il a fort à faire pour unir une fois encore les nations germaniques. Certaines veulent se soumettre, d’autres craignent qu’il ne veuille devenir un roi. Et le temps presse car…
Depuis sept albums, l’auteur anime les aventures tumultueuses de deux individus qui devenus amis par la force des choses, se retrouvent ennemis, l’un voulant retrouver ses origines, l’autre rester fidèle à sa nation.
Avec des données historiques parcellaires sur la vie d’Arminius, ce qui permet à Enrico Marini de combler les vides de l’Histoire, avec une belle cohérence, et de donner une aventure humaine sous tension. Il met en scène une belle galerie de protagonistes dans le cadre des conquêtes de Rome, conquêtes quelque peu freinées par la lourde défaite essuyée à Teutoburg.
Tout en intégrant les acteurs de l’époque comme les tribus Marses, Chattes, Bructères…Marini mêle le tragique à l’action, faisant voir la société romaine sous un jour différent. C’est la conquête brutale du pouvoir, la cruauté, les ambitions dévorantes et les sentiments ambigus. Il fait parler les liens du sang, la recherche d’un fils enlevé, la volonté d’un héritier. Il décrit un monde de violence à l’image de celui qui n’a cessé d’exister depuis qu’un animal a pu se dresser sur ses deux pattes et s’est cru le maître de l’espace qu’il a devant lui.
Le graphisme du créateur est toujours aussi fabuleux avec ses personnages solides, ses décors et ses combats d’une justesse frappante, son art de dynamiser les effets, d’adopter des postures tout à fait réelles.
Avec ce tome, l’auteur met en place tous les éléments pour un final grandiose. À suivre absolument !
serge perraud
Enrico Marini, Les Aigles de Rome – Livre VII, Dargaud, octobre 2024, 64 p. – 17,00 €.
