Didier Convard et Éric Adam, Le Pendule de Foucault
Que restera-t-il de la science dans un monde post-apocalyptique ?
L’environnement et la forme de la Terre ont toujours été une préoccupation pour les esprits curieux. Dans l’Antiquité, Nebhépet, un grand prêtre d’Amon, a conçu une expérience originale pour convaincre Pharaon qu’il vit, avec son peuple, sur une grosse boule. Quelques millénaires plus tard, l’Humanité a vécu l’apocalypse, mais n’a pas été anéantie. Pour les survivants, la Terre est redevenue plate et infinie. Un nouveau clergé a émergé et, de façon toujours aussi intransigeante, imposé la Voie à des populations fragilisées. Les cérémonies obligatoires irritent au plus haut point Kunnskap, une jeune fille qui laisse apparaître sa mauvaise humeur. Après l’hommage à Mèrelune, elle quitte discrètement sa chambre pour rejoindre son fiancé et les Observeurs, un groupe d’hérétiques. Ils reçoivent Hasward, un Sillonneur. Il a traversé la faille et atteint le Cercle du Pendule peuplé d’autochtones qui s’appellent Les Foucault. Mais le groupe est attaqué par les moines-soldats et Kunnskap est capturée. Elle est condamnée à être abandonnée dans le désert salin, dont personne n’est jamais revenu vivant sans d’importantes provisions d’eau.
Cet album est réalisé dans le cadre d’un partenariat entre les éditions Glénat, le Musée des Arts et Métiers et le CNAM. À partir d’une découverte technique, ici le pendule de Foucault, des scénaristes imaginent un récit qui met en scène cette avancée scientifique. Léon Foucault, le 3 février 1851, grâce à son pendule, a démontré ce que chacun savait par l’astronomie ou la mathématique. Le Musée possède deux pendules authentiques et organise régulièrement des démonstrations. Didier Convard et Éric Adam proposent un univers post-apocalyptique dans lequel deux types de sociétés s’opposent. D’un côté, une population soumise aux diktats d’un clergé qui réinvente une religion pour soumettre les individus et de l’autre des scientifiques qui perpétuent une démarche de recherche et d’expérience.
Les deux scénaristes construisent une histoire opposant religion et science, dogmes plus ou moins inventés et curiosité intellectuelle, obscurantisme et pragmatisme. Ils appuient leur fiction sur une jeune femme intrépide (comme toutes les héroïnes) qui possède une capacité intellectuelle remarquable et une intelligence aigüe qui lui permettent de vaincre les difficultés de sa quête. Il faut saluer la façon dont les auteurs, à partir d’un sujet imposé, somme toute assez restrictif, ont construit un récit très plaisant à suivre. Fred Vignaux assure le dessin et la couleur. Il excelle dans les vignettes d’ampleur, dans des décors grandioses, ainsi que dans la gestuelle des personnages. Il réalise une mise en page dynamique, relayant bien les caractéristiques de l’héroïne.
Le Pendule de Foucault résulte d’une expérience fort intéressante avec un heureux résultat. On ne peut que formuler des vœux pour que cette série soit pérenne.
serge perraud
Didier Convard et Éric Adam (scénario), Fred Vignaux (dessin et couleurs), <i>Le Pendule de Foucault</i>, Glénat, coll. « Grafica », septembre 2012, 48 p.– 13,90 €.