Corteggiani,Venanzi & Barthélémy, Les Aventures d’Alix – t.31: « L’Ombre de Sarapis »

Corteggiani,Venanzi & Barthélémy, Les Aventures d’Alix – t.31: « L’Ombre de Sarapis »

Quand Alix retrouve Cléopâtre…

Le personnage créé par Jacques Martin (1921-2010) continue, avec plus ou moins de bonheur, ses aventures dans l’Empire Romain avec d’autres scénaristes, d’autres dessinateurs. François Corteggiani, qui approche le héros pour la première fois, imagine des retrouvailles entre Alix et la reine Cléopâtre. Les deux personnages se sont déjà fréquentés dans Ô Alexandrie. Tout commence, nuitamment, quand des hommes armés attaquent un village de pêcheurs, sur les bords du Nil, pour enlever un jeune enfant. Ils ne laissent aucun témoin derrière eux. À Rome, quelques jours plus tard, César convoque Alix Gracchus et lui ordonne d’aller à Alexandrie enquêter sur la disparition de Césarion, le fils qu’il a eu avec Cléopâtre. C’est depuis le port d’Ostie qu’Alix embarque, avec Enak, pour l’Egypte. Or, ils sont épiés, suivis depuis Rome par des inconnus qui décident d’agir en mer. L’attentat échoue et les deux héros abordent clandestinement aux environs d’Alexandrie. Alix réussit à approcher la reine, une mère qui ne semble pas trop affectée par l’enlèvement de son fils. En revanche, elle paraît être sous le contrôle de Néfrérou le grand prêtre de Sarapis…

François Corteggiani, pour son scénario, reste fidèle à l’esprit de la série. Il s’est approprié le caractère des personnages, le cadre des aventures, mêlant à l’action des apports didactiques sur l’époque. Il multiplie les rebondissements, les péripéties, n’hésitant pas à intégrer des classiques en la matière comme la tempête en mer. Il prend pour base de son intrigue le dessein historique de la reine Cléopâtre VII, la soif de pouvoir de religieux d’un culte relativement nouveau introduit en Égypte essentiellement à Alexandrie, depuis moins de trois siècles. Toutefois, François Corteggiani nous a habitués à des scénarii plus sophistiqués. Est-ce l’effet d’un cahier des charges trop contraignant en voulant rester fidèle à l’esprit donné par Jacques Martin ? L’intrigue reste convenue, semble plombée par l’ombre conservatrice du créateur. Celui-ci figure encore, au premier rang sur la couverture, alors qu’il y a longtemps qu’il ne scénarise ni ne dessine plus. Il faudrait tourner la page et permettre, comme pour Spirou, par exemple, des apports nouveaux, laisser la « bride sur le cou » à l’imagination des scénaristes.

Le graphisme est assuré par Marco Venanzi, qui s’est déjà immergé dans cet univers avec la réalisation du tome 29, Le Testament de César. Il est aidé par Mathieu Barthélémy. On retrouve la même facture de dessin, presque les mêmes défauts comme ces postures figées. Cependant, on ose enfin révéler les attributs charnels qui distinguent les dames. On ne retrouve plus ces contorsions des corps défiant toutes les lois de la gymnastique ou ces morceaux de tissus défiant toutes les lois de la pesanteur. Il faut saluer le lettrage, des cartouches et des bulles, en minuscule, ce qui esthétiquement est très agréable et d’un grand confort pour la lecture.
L’Ombre de Sarapis perpétue l’esprit d’une série et fera le bonheur des nombreux afficionados. Pour les autres, il est intéressant de découvrir cet album pour ses références à un grand volet de la BD franco-belge.

serge perraud

François Corteggiani (scénario), Marco Venanzi et Mathieu Barthélémy (dessin), Véronique Robin (couleurs), Les Aventures d’Alix, tome 31 : « L’Ombre de Sarapis », Casterman, novembre 2012, 48 p. – 10,95 €.

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