Caroline Miller, Les Saisons et les jours

Caroline Miller, Les Saisons et les jours

Tellement bien que l’on attend la suite !

Ce roman de Caroline Miller, célèbre aux États-Unis, était passé presque inaperçu en France dans sa première version (abrégée), en 1938. Sa nouvelle traduction (intégrale) permettra aux lecteurs de découvrir un auteur autrement plus profond que Margaret Mitchell, qui l’admirait. De fait, en matière de livres « sur le Sud » écrits par des femmes, on peut difficilement trouver plus différent qu’Autant en emporte le vent et Les Saisons et les jours : Miller parle de paysans pauvres tandis que Mitchell décrit des « aristocrates » américains ; le puritanisme des uns va jusqu’à se reprocher d’avoir trop aimé un enfant, là où les autres se préoccupent surtout de frivolités ; cependant, l’écriture la plus sensuelle, c’est de loin celle de Miller, qu’il s’agisse de décrire un baiser, un potager ou un coucher de soleil, et son intérêt pour les réalités concrètes assure aux Saisons et les jours un effet de prégnante véracité qui suffirait à lui seul à nous le faire admirer : c’est l’un des rares romans qui vous transporte au dix-neuvième siècle américain comme Lévy-Strauss vous emmenait aux Tropiques.

Centrée sur une famille de pionniers, les Carver, venus de Caroline en Géorgie vers 1811, l’action des Saisons et les jours s’étend sur un demi-siècle et sur trois générations. Toutefois, la figure la plus importante du roman, c’est Cean que nous découvrons jeune mariée au début de la narration, et qui traverse par la suite une série d’épreuves d’autant plus impressionnantes pour le lecteur actuel qu’elles ne sont, au fond, que le lot commun d’une femme de son temps et de son milieu. L’héroïne les endure avec un mélange de courage et de résignation chrétienne, lui aussi bien de son époque ; toutefois, Caroline Miller en a fait non pas un type, mais un individu authentique, avec ses contradictions, ses doutes, ses moments d’abattement et sa vie spirituelle très personnelle, qu’aucun pasteur ne saurait approuver…
Les personnages de ses parents, Vince et Seen, et de son mari Lonzo ont une vie intérieure moins riche, mais ils témoignent aussi, à leur façon, du brio de Miller consistant à faire « plus vrai que nature » avec un minimum d’indications, et à représenter les âmes simples de façon subtile. Outre ces qualités, le roman offre de nombreuses descriptions dont se régaleront les amateurs de Balzac et de Colette : comparable au premier par sa précision et à la seconde par son don de restituer tout ce qui relève des cinq sens, l’écriture de Caroline Miller se savoure longuement et incite à la relecture dès le livre refermé.
On en sait gré aux éditions Belfond de nous avoir fait découvrir cet auteur, et l’on attend la traduction française de son second roman et de ses nouvelles.

agathe de lastyns

Caroline Miller, Les Saisons et les jours, traduit de l’anglais (États-Unis) par Michèle Valencia, coll. “Vintage“, Belfond, janvier 2013, 438 p.- 19,00 €

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