Bertrand Tessier, Jean-Pierre Melville, le solitaire
Une vaste entreprise de copier/coller
Si jamais vous êtes censé écrire la biographie d’un personnage moins ancien que Napoléon, la première chose à faire – le strict minimum requis par la déontologie – c’est de réaliser le plus possible d’entretiens avec des témoins. Tel n’est pas le cas de cet ouvrage, pour lequel Bertrand Tessier (connu de longue date pour des livres destinés au lectorat le moins exigeant, et très approximatifs) s’est essentiellement contenté d’utiliser des citations de spécialistes de Melville, et – qui pis est – sans créditer comme il se devrait la plupart d’entre elles.
De fait, hormis les renseignements que nous fournissent les trois premiers chapitres, et qui sont probablement issus des archives de la famille du cinéaste, le reste du livre consiste à piller allègrement d’autres sources, en les mentionnant une fois sur cinq ou sur dix, dont les principales sont les ouvrages de Denitza Bantcheva et de Rui Nogueira.
Le nombre d’occurrences où Tessier les cite en notes en fin de volume est inférieur de si loin à la part que les travaux de ces prédécesseurs occupent dans son livre, qu’il y a de quoi en rester scandalisé, pour un lecteur qui n’en est pas à découvrir les écrits concernant Melville. Pire encore, Tessier ne mentionne que la première édition de l’ouvrage de Bantcheva (remontant à 1996), alors qu’il utilise des extraits de l’édition augmentée (éd. du Revif, 2007).
Son apport personnel consiste, outre les premiers chapitres consacrés à l’enfance, à la jeunesse et à la période où Melville fut résistant, à se poser des questions oiseuses, notamment pour ce qu’il en est de qui venait l’idée d’adapter Les Enfants terribles : de Cocteau ou de Melville ? – sans trancher, et à utiliser des extraits de scénarios issus des archives du cinéaste.
Il y a de quoi s’étonner que la famille de Melville ait choisi pour biographe quelqu’un d’aussi peu sérieux, sans parler des éloges que Philipe Labro lui octroie dans la préface dont il est l’auteur. Pour comble de cocasserie, Philippe Rouyer, qui a dirigé récemment un fort médiocre dossier Melville dans Positif, a jugé bon de présenter l’ouvrage de Tessier, dans un autre numéro de la même revue, comme voué à faire référence (n°682, décembre 2017).
A quand un travail biographique vraiment digne de Melville, par les soins d’un historien du cinéma honnête et soucieux de mener à bout ses recherches ?
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agathe de lastyns
Bertrand Tessier, Jean-Pierre Melville, le solitaire, Fayard, novembre 2017, 251 p. – 22,00 €.