Bernard Lecomte, Le KGB
Une plongée effroyable !
Bernard Lecomte approche au plus près la véritable histoire des services secrets soviétiques. En effet, raconter l’aventure de ces structures se heurte à une difficulté de taille, les sources fiables. Tout est sujet à caution dans ce système installé pour la dissimulation, la falsification, le secret et le mensonge, des structures au service d’une idéologie qui ne sait que déformer la vérité.
Les habitants de Petrograd découvrent, le 25 octobre 1917, qui correspond au 7 novembre d’aujourd’hui, le putsch de Lénine avec les bolcheviks. Mais rien n’est gagné. Une grève des fonctionnaires met le nouveau système, très minoritaire, en péril. Lénine veut trouver : « …un Fouquier-Tinville qui nous matera toute cette racaille contre-révolutionnaire. » Il lui faut un procureur capable d’envoyer des milliers de gens à la guillotine. Lénine l’a sous la main. Il s’agit de Félix Dzerjinski qui a passé nombre d’années dans les prisons tsaristes et qui connaît bien l’Okharana, la police politique de l’empereur Alexandre II. Lénine lui confie donc la mission de faire taire toute contestation par tous les moyens. La Vetcheka, qui prend vite le diminutif de Tcheka, est créée officiellement le 7 décembre 1917. Et l’horreur se déchaîne pour des décennies.
Cette structure qui traque les opposants à l’intérieur mais aussi à l’extérieur de l’URSS va évoluer en fonction des besoins, des circonstances, des politiques de répressions à mener. Après la Tcheka, c’est le GPU, l’OGPU, le NKVD, le MGB, le MYD qui en mars 1954, devient le KGB – Komitet gossoudarstvennoï bezopasnosti – jusqu’au 11 octobre 1991.
Et l’auteur raconte ces diverses structures dont le point commun est l’espionnage et la répression tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. C’est la guerre civile, les massacres, les camps de concentrations vite érigés, les procès, les purges, la guerre Froide…
En seize chapitres, un avant-propos, quatre annexes et un épilogue sur ce qui a succédé très vite et qui œuvre aujourd’hui de la même façon sous Poutine, l’historien brosse un panorama complet de ce pullulement d’espions, de tueurs, d’assassins, de délateurs et la liste des qualificatifs est longue.
Lénine avait une fascination pour la Révolution française et s’inspira de l’épisode bien peu glorieux de la terreur instauré par Robespierre.
L’ouvrage se signale par un travail remarquable sur les sources et son habileté à relier les grandes figures du régime à ces institutions. À travers le détail de ces services secrets, Bernard Lecomte donne un portrait sans concession de ce régime obsédé par la surveillance, dont le KGB à été un outil d’une effroyable efficacité.
serge perraud
Bernard Lecomte, Le KGB, Éditions Perrin, label Tempus, août 2025, 400 p. – 9,00 €.