Arnaldur Indridason, Les Lendemains qui chantent

Arnaldur Indridason, Les Lendemains qui chantent

Avec ce nouveau roman, Arnaldur Indridason propose le sixième volet de sa série Konrad, ce policier islandais qui traque des vérités ayant des racines dans son passé, la plus prégnante étant la recherche de l’assassin de son père.

Un couple essaie de vendre une Lada en fin de vie à des marins russes quand, aux sports d’hiver, un homme est retrouvé victime d’une crise cardiaque dans sa chambre d’hôtel. Mais c’est la découverte du corps de Skafti Timoteus qui fait les gros titres. Elle secoue la police et le système judiciaire. En effet, il a été trouvé dans un lieu bien différent de celui indiqué par Natan, l’homme qui avait avoué le meurtre. C’est Leo, l’ami de Konrad, qui avait mené l’enquête. Les policiers ont-ils usé de violence pour obtenir des aveux de cet innocent, condamné à la peine la plus lourde, et mort l’an dernier ?
Konrad tente de parler à Leo, mais celui-ci est introuvable. C’est lors de l’enterrement d’un membre de sa famille qu’il réapparait mais ne veut rien dire à son ancien ami. Un touriste étranger est retrouvé mort sur les bords d’un lac. Mais il se révèle qu’il est né en Islande et avait des parts dans le pressing de Pétur Jonsson. Or, ce dernier a disparu sans laisser de traces en 1983, laissant son jeune fils Ivan désemparé. C’est Konrad qui, à l’époque, avait reçu ce garçon venant signaler l’absence de son père. Quand l’ancien policier rencontre Ivan, celui-ci lui avoue avoir reçu dans sa blanchisserie, l’étrange visite d’un homme de Moscou…

Avec son nouveau héros, ce policier à la retraite, le romancier joue avec un présent malmené par un passé dérangeant qui resurgit à une occasion ou à une autre. Il se trouve toujours des liens avec des affaires dont il a eu à s’occuper, de près ou de loin, lorsqu’il était en activité. Concomitamment, il cherche à élucider les raisons de la mort de son père, l’assassin qui a porté les coups fatals.
Le romancier puise dans le passé de son pays quand, par exemple, l’Islande était occupée par les Anglais, ou l’incidence de la présence de bases militaires américaines.

Il installe une galerie de protagonistes tous plus captivants les uns que les autres avec, bien sûr, un certain nombre d’entre eux que l’on retrouve d’épisode en épisode. Mais l’introduction de nouveaux personnages reste dans l’esprit et ils ne déparent pas dans le paysage. L’auteur mène une étude poussée sur les caractères et les suites induites par certaines situations mal vécues. C’est ainsi qu’il traite de l’émergence de sentiments de culpabilité quant à des actions, en fait, subies. Mais, il ne réécrit pas le passé de Konrad. Celui-ci a agi de certaine manière dans le contexte de l’époque, dans des circonstances qui amenaient à prendre ce genre de décisions.

Les Lendemains qui chantent : ce titre rappelle ces promesses politiques multipliées à l’infini, qui ont séduit tant de personnes désireuses de vivre une telle époque. Mais, elles n’ont donné lieu qu’au plus grand fiasco humain et les prolongements, encore aujourd’hui, risquent d’être monstrueux.
Arnaldur Indridason ne remet pas en cause un passé, des espoirs en des temps meilleurs, mais en décrit les exigences, le contexte, dans un récit éblouissant.

Arnaldur Indridason, Les Lendemains qui chantent (Saluríkið) traduit de l’islandais par Éric Boury, Éditions Métailié, coll. Noir, février 2025, 336 p. – 22,50 €.

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