Annelie Wendeberg, Le Diable de la Tamise
Lorsque débute le récit, à l’été 1889, le docteur Anton Kronberg, spécialisé en bactériologie et épidémiologie, travaille à l’hôpital Guy de Londres. C’est un expert dans ces domaines. Aussi, Scotland Yard, en la personne de l’inspecteur Gibson, requiert régulièrement son assistance. Le cadavre d’un homme présentant les symptômes du choléra a été trouvé dans le canal d’alimentation de l’usine de traitement des eaux de Londres. Sur place, Anton est présenté à un individu qui semble s’ennuyer et qui répond au nom de Sherlock Holmes.Les conclusions des observations de ce dernier étonnent le docteur, puis le mettent en colère et génère la peur quand le détective découvre son secret. Anton est une femme, obligée de se travestir pour exercer la médecine. Lui faisant part de ses craintes d’être trahie, jetée en prison, Holmes la rassure car la dénoncer ne présente, pour lui, aucun intérêt.
Commence alors une traque où les deux enquêteurs auront bien besoin de toutes leurs facultés de déduction ayant affaire à un criminel déterminé et diabolique.
C’est litote d’écrire que le personnage de Sherlock Holmes a fasciné et fascine toujours. Depuis sa création une foule de romanciers se sont emparés de son aura et ont donné, et donnent toujours leur interprétation du détective, le confronte à d’autres enquêteurs ou délinquants. Le Diable de la Tamise est le premier volume d’une série qui, pour l’instant, en compte quatre dont un préquel qui se déroule en 1886.
Le présent roman officialise la rencontre entre une femme d’exception et le détective le plus célèbre de la planète Terre. Ce récit est présenté comme issu de journaux découverts lors de la réfection d’une ancienne demeure par Annelie Wendeberg. Celle-ci, pour continuer à respecter l’anonymat réclamé par l’héroïne dans ses cahiers, modifie son patronyme et lui donne le pseudonyme d’Anna Kronberg. Cette héroïne au caractère trempé qui n’hésite pas pour exercer sa passion la médecine, à se travestir à se cacher, va partager son secret avec Holmes et mener, avec lui des enquêtes périlleuses.
La romancière, avec une vision plus féminine, donne une dimension plus humaine, s’attache à décrypter les attitudes et donne des rites, des méthodes du détective, une image novatrice, révélant presque un nouveau Sherlock Holmes. Cependant, elle met en scène, à l’instar de Sherlock, de nombreuses données scientifiques avec la pratique et les connaissances des années 1890, sur l’origine et la propagation des épidémies, sur le choléra, le tétanos… Certains passages sont décrits avec réalisme. La lecture en est déconseillée pendant les repas.
Annelie Wendenberg présente Anna Kronberg face à Holmes comme une femme qui est son égale comme a pu l’être Irène Adler, la seule femme qui comptera pour lui. Le lien est d’autant plus avéré que, lors de la première visite au 221 B Baker Street, celle-ci voit sur le tablier de la cheminée un portrait de cette femme, un portait qu’elle estime mis en évidence.
Ce premier roman a été écrit en anglais et proposé, faute d’éditeurs, sur le Web. Le succès aidant, les publications se multiplient.
Le Diable de la Tamise se révèle une excellente surprise tant pour la dimension attractive de Sherlock Holmes que pour cette nouvelle enquêtrice qui gagne à être connue. Les autres volumes sont attendus avec impatience.
lire un extrait : http://fr.calameo.com/read/004245550b38ff32ec06f
serge perraud
Annelie Wendeberg, Le Diable de la Tamise (The Devil’s Grin), traduit de l’anglais par Mélanie Blanc-Jouveaux, Presses de la cité, mai 2016, 256 p. – 19,00 €.