Alain Ayroles & Richard Guérineau, L’Ombre des Lumières – t.03 : « Le Démon des Grands Lacs »

Alain Ayroles & Richard Guérineau, L’Ombre des Lumières – t.03 : « Le Démon des Grands Lacs »

Ce troisième tome de L’Ombre des Lumières clôt un premier cycle des aventures du chevalier de Saint‑Sauveur. Celui-ci a fait le pari, avec le comte de Mirepoix, qu’il pourra pousser Aimée d’Archambaud, une jeune fille de la petite noblesse, à épouser un Iroquois.

Le récit reprend en mai 1754, au fort Duquesne. Aimée a été séparée de son bel autochtone. Girac, un militaire qui a contribué à son sauvetage dans le tome précédent, en est amoureux et tente de la conquérir. Or, Saint-Sauveur veille. Alors qu’ils sont sur les remparts, une flèche se plante dans la palissade. Si elle déclenche une réaction de la soldatesque qui la perçoit comme une menace, Aimée a récupéré, attachée à la hampe, une lettre qu’elle a envoyée à celui qui a pris son cœur, Mitenwil’un. Au dos, un texte griffonné, bien que pauvre, la ravit.
Mais, quand Saint-Sauveur est fait prisonnier, il s’ensuit une suite de péripéties qui vont mettre l’antihéros dans des positions difficiles et placer Aimée dans une situation où…

Le scénariste replonge son récit dans les vastes forêts de ce qui deviendra le Canada. Il installe son récit au cœur de la conquête de ces territoires et des inévitables conflits entre puissances coloniales et nations indigènes. Il poursuit avec le même bonheur, dans un XVIIIᵉ siècle quelque peu revisité, une fable rabelaisienne au cœur d’un continent sauvage. Si cette Amérique est quelques peu fantasmée, elle est très documentée. Le décor, entre forêts profondes, lacs immenses, villages autochtones, sert de toile de fond à des réflexions sur la colonisation, les rapports de force, la rencontre entre cultures, et la projection chimérique que l’Europe fait de ce Nouveau Monde.
Les premières pages détaillent, dans un climat de tensions fortes, les préparatifs de l’antihéros pour arriver à ses fins. Une galerie de protagonistes, délectable au possible, anime le récit. Autour de son libertin cynique, cet intrigant maîtrisant le mensonge, d’Aimée d’Archambaud, une jeune femme naïve, candide, l’auteur installe toute une population de colons, militaires, autochtones qui contribue à construire une belle histoire riche en rebondissements. Ce sont manigances, embuscades, rencontres à haut risque. Mais Alain Ayroles joue entre aventure et fantaisie, entre péril réel et comédie de mœurs.

Richard Guérineau livre un travail enchanteur avec des personnages à la gestuelle dynamique, expressive pour faire valoir les arguments avancés. Les décors de forêts sont foisonnants comme les représentations de forts, de villages indiens. Sa colorisation joue sur les teintes tout à fait appropriées, entre des verts profonds, des bistres, et privilégiant une luminosité non polluée. Avec un découpage dynamique, entre scènes intimistes et actions débridées, la mise en scène est magistrale

Avec Le Démon des Grands Lacs, Alain Ayroles et Richard Guérineau proposent une saga qui oscille entre comédie et critique sociale, dénonçant, à leur manière, les travers de la colonisation. Entre délicieuse intrigue et graphisme de haute qualité, la série a tout pour séduire.

Alain Ayroles (scénario) & Richard Guérineau (dessin et couleur), L’Ombre des Lumières – t.03 : « Le Démon des Grands Lacs », Delcourt, coll. Hors Collection, novembre 2025, 72 p. – 23,75 €.

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