Mikaël, Harlem – tome 2/2
C’est encore plus difficile quand on est une femme
En 1931, Stéphanie St. Clair, Madame Queen, règne sur une loterie clandestine dans Harlem. Elle redistribue des profits et aide la population.
Un Hollandais, Dutch Schultz, trafiquant d’alcool, veut évincer Stéphanie pour imposer ses propres loteries. Elle ne l’entend pas de cette oreille et tient à conserver son royaume.
Une explosion détruit un entrepôt d’alcool de Schultz. Celui-ci organise une riposte alors que Bumpy, le second de Madame Queen, rencontre Lucky Luciano. Il a besoin d’armes pour sécuriser les rues d’Harlem et faire face à la bande du Hollandais. L’attentat contre Stéphanie coûte la vie au cousin de Bumpy et son neveu, venus apporter la recette de la loterie.
Robert Bishop, le journaliste canadien qui rédige les articles au vitriol que signe Madame Queen chaque semaine dans l’Amsterdam New, est remercié car ses articles sont trop factuels.
Mais l’aide proposée par Luciano n’est pas sans contreparties. Stéphanie veut, coûte que coûte, conserver son territoire et la maîtrise de sa loterie. Mais, elle fait figure d’étrangère et de plus elle est… une femme !
En prenant comme point de départ le cœur de Harlem, des héros noirs, le scénariste propose une approche fort différente et passionnante. Avec cet angle de vue il montre comment la population de ce quartier se voit cernée par une vague blanche qui cherche à l’engloutir ou, du moins, à prendre le commandement de la communauté par le biais d’activités illégales.
Il montre comment ces personnes ressentent la menace face également à des descentes policières musclées et racistes. Ainsi, il fait dire à une des amies de Stéphanie : «Quand d’autres, en colère, des Irlandais ou des Polonais, prennent les armes et se soulèvent, on leur dit : « Bravo, libérez-vous ! » et on applaudit. Mais, pour ceux qui ont ma couleur de peau… on les lynche !!! »
Mikaël dévoile peu à peu le parcours difficile de son héroïne, d’où elle vient et comment elle a pu s’intégrer dans Harlem. Mais il ne fait pas de New York un lieu de séjour idyllique, ne donnant pas envie d’y séjourner, en décrivant un climat froid, pluvieux, neigeux.
Il met son histoire en images avec un dessin réaliste, aux traits affirmés, proposant des personnages joliment campés. Ses décors restituent le quartier avec ses rues, sa population et ses commerces. De belles planches sont proposées, orchestrant les cases pour créer des visuels d’une grande beauté. Le dessinateur retient une gamme de teintes à dominante de jaunes, d’ocres et des à-plats noirs faisant jouer la lumière sur les corps, sur les visages très expressifs.
Avec une reconstitution très rigoureuse, l’intervention de personnages réels, Mikaël donne, sur les pas d’une magnifique héroïne, une vision sombre de Harlem. Il illustre son récit avec un graphisme enthousiasmant.
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serge perraud
Mikaël (scénario, dessin et couleur), Harlem – tome 2/2, Dargaud, août 2023, 64 p. – 15,95 €.