Robert Namias, Mortelles comédies
À chercher le scoop à tout prix…
Dans cette rue déserte du XVIe arrondissement de Paris, vers minuit, un homme a reçu un coup de couteau. Il tente de fuir mais, blessé, il est rattrapé et trois coups de poignard l’achèvent. Pierre Lemarchand partant pour un jogging manque trébucher sur le corps de l’homme. Il appelle la police. Son attitude trouble les agents arrivés sur place.
C’est le commissaire qui reconnaît le défunt : Sylvain Bourdarias. Il avertit immédiatement l’Intérieur, la ministre Salma Rossel. C’est un choc car ce grand patron possède les principaux titres de la presse française, Globe Info une chaîne de télévision toute puissante et plusieurs radios.
Salma, une ancienne flic, prévient le Président et charge le patron de la criminelle, Gabriel Le Goff de l’enquête.
Et c’est le déferlement, le tsunami de bons sentiments et d’hommages attristés, oubliant à quel prix cette canaille s’est hissée à ce niveau. Et, très vite, le traitement de sa mort passe en fait divers. Le directeur de l’information et la présentatrice-vedette de Globe Info exploitent la mort de leur directeur pour battre des records d’audimat.
Aussi, quand Justine Berger, également maîtresse du défunt, reçoit un message l’informant que Bourdarias n’est pas le premier de la liste, que d’autres morts vont suivre…
Globe Info peut se comparer à ces médias télévisuels spécialisés dans l’info en continu qui traquent le fait divers et livre une bataille féroce pour être le premier à diffuser ce fait du jour : »…dont la chaîne pourrait se goinfrer jusqu’à l’écœurement. »
Robert Namias fait vivre le fonctionnement d’une telle entreprise où tout est conditionné pour la diffusion, sans vérification, du moment qu’elle est la première. C’est alors le flot de conditionnels, de suppositions, d’hypothèses, toutes plus fantaisistes les unes que les autres, débité d’un ton docte par des pseudos-experts.
Il montre l’évolution avec l’omniprésence des réseaux sociaux qui ne sont plus un moyen commode pour prendre le pouls de l’opinion mais qui sont devenus une source essentielle d’informations. Parallèlement, le romancier anime un groupe de protagonistes qui éclaire les rapports entre les représentations officielles de l’État comme les ministères, Matignon, l’Élysée, la police et ces médias. Il cite les liens qui se créent, une certaine complicité, voire camaraderie, qui va au-delà des postes occupés et qui interfère dans ce qui doit être le respect de règles déontologiques.
Il imagine une intrigue qui peut avoir un début de source avec la fameuse affaire Baudis qui a tant secoué le microcosme, montrant jusqu’où peut aller l’ignominie.
Et l’auteur n’est pas n’importe qui pour décrire ce milieu, aborder le domaine du traitement de l’information, lui qui a pu suivre cette évolution funeste. Il a fréquenté tant de journalistes, de politiques qu’on peut supposer une certaine exagération. Or il a dû, au contraire, minimiser. Est-ce qu’il n’assouvit pas, par ce roman interposé, des envies qu’il aurait eu envie de réaliser ?
Mortelles comédies se lit avec grand intérêt pour son intrigue menée avec brio et pour cette description au vitriol d’un milieu dont on ne voit que la brillante facette et non l’arrière-cuisine.
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serge perraud
Robert Namias, Mortelles comédies, J’Ai Lu n° 13 815, mai 2023, 352 p. – 8,50 €.