Marie-Philippe Deloche & Gérard Touratier, Hospitalité des Lettres

Le verre brisé

Cette pièce écrite à quatre mains est une fan­tas­tique mise en abyme ponc­tuée de l’interprétation pho­to­gra­phique de lieux où cela s’est passé. A la réa­lité d’une époque révo­lue mais dont demeurent traces et pui­nés se mêle une strate du pré­sent.
Se crée aussi une marche presque invi­sible entre le dehors et le dedans, l’imbrication amou­reuse où tout se dit dans un exer­cice de pudeur de ce qui reste le pli caché des lettres qui s’écrivirent et qui deviennent d’une cer­taine manière sanctuarisées.

Nous sommes pro­je­tés de facto dans le par­fait contraire du théâtre de bou­le­vard et ses his­toires de cocus. Car s’il peut s’agir encore de trom­pe­rie, elle prend ici un sens autre et une ouver­ture par laquelle dans un vase trans­pa­rent une eau fraîche fuit.
Les mots ne se veulent pas d’esprit mais de coeur pour faire lever le voile, sou­le­ver le désir bien au-delà des rigi­di­tés des conve­nances sociales ou dra­ma­tur­giques. Et dans un lieu d’enfermement par excel­lence (un asile de “fous”) une hos­pi­ta­lité acquiert une dignité qui per­met à l’obscur d’éclater.

L’écri­ture devient l’interprétation quasi musi­cale d’une pas­sion, là où les morts remontent. Pas n’importe les­quels et non par n’importe qui. Les deux auteurs s’engagent ainsi dans une double “double his­toire”.
Les cinq actes créent sous le sceau d’un clas­si­cisme revi­sité une éco­no­mie libi­di­nale à la fois dis­tan­ciée mais bru­lante là où, comme chez Sha­kes­peare, des morts revivent pour que le théâtre renaisse au-delà du temps. Et l’amour aussi.

jean-paul gavard-perret

Marie-Philippe Deloche & Gérard Tou­ra­tier, Hos­pi­ta­lité des Lettres — suivi de Alexis Berar, De nos mai­sons et du mou­ve­ment de leurs pierres (Pho­to­gra­phies) Edi­tions Asso­cia­tions Libres, Corenc, 2022, 152 p. — 25,00 €.

1 Comment

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One Response to Marie-Philippe Deloche & Gérard Touratier, Hospitalité des Lettres

  1. Villeneuve

    Théâtre et amour renais­sants dans l’hospitalité d’un asile . Poé­sie de JPGP qui tente de s’y retrou­ver …Asso­cia­tions libres au propre et au figuré . Tout est sibyllin .

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