David Nicholls, Pour une fois

Pour­quoi pas ?

Après le suc­cès du roman qui l’a fait connaître en France, Un Jour, déjà recensé dans ces pages, David Nicholls béné­fi­cie d’une tra­duc­tion fran­çaise de son deuxième livre dans l’ordre d’écriture, Pour une fois. Il s’agit ici aussi, même si c’est traité de façon dif­fé­rente, de mettre en exergue le monde du star sys­tem (le cinéma et le théâtre), par oppo­si­tion avec la vie des gens comme tout le monde, de ceux qui n’ont pas for­cé­ment réussi.
Le per­son­nage de l’acteur raté, si rabattu soit-il, reste un grand pour­voyeur d’histoires et de pré­textes à ana­ly­ser les socié­tés. Méta­phore conden­sée de la décep­tion et de l’acrimonie, Ste­phen C. McQueen (« Le C de Ste­phen C. McQueen, soit dit en pas­sant, est là sur les ins­tances de son agent, pour évi­ter toute confu­sion avec la star inter­na­tio­nale », p. 18) erre de rôles de cadavres ou de fan­tômes en dou­blures de théâtre, et vit dans un stu­dio minable dans un quar­tier minable de Londres. Divorcé contre son gré d’une femme qu’il aime encore, rêvant d’impressionner sa fille Sophie, il per­siste à croire, contre vents et marées et contre l’avis de cer­tains, qu’il est un grand acteur et que son heure vien­dra.
Pour son mal­heur – et fina­le­ment son bon­heur, mais n’en révé­lons pas trop –, il est la dou­blure au théâtre du célé­bris­sime Josh Har­per, acces­soi­re­ment « élu 12ème Homme le Plus Sexy du Monde par les lec­trices d’un célèbre maga­zine fémi­nin ». La star pos­sède par ailleurs un cha­risme indé­niable, un loft immense et une femme superbe, qu’il néglige et trompe allè­gre­ment. Com­ment Ste­phen, l’ombre de son ombre, va-t-il se retrou­ver en pos­ses­sion d’un BAFTA, d’une figu­rine unique de Han Solo et deve­nir le meilleur ami et confi­dent de Nora Har­per, c’est peu ou prou ce que nous raconte David Nicholls.

Avec son talent pour la nar­ra­tion, son humour et son art de faire manier l’autodérision à ses per­son­nages, sa dou­ceur et sa cruauté à la fois, bref, tout ce qui nous avait plu dans Un Jour (et beau­coup moins dans Pour­quoi pas ?) se retrouve dans cet opus. Iro­nique et lucide, sa pein­ture du monde des paillettes vaut tant par ses dia­logues cise­lés et ses répliques du tac-au-tac que par les com­men­taires fine­ment ana­ly­sés et sou­vent mécham­ment drôles, même si l’arrière-goût est amer, du nar­ra­teur omni­scient.
Gageons que, comme les deux pré­cé­dents romans, celui-ci jouira sans tar­der d’une adap­ta­tion au cinéma – les his­toires et l’écriture de Nicholls s’y prêtent d’autant mieux que l’auteur a d’abord envi­sagé une car­rière d’acteur, avant d’être scé­na­riste pour la BBC.

agathe de lastyns

David Nicholls, Pour une fois, tra­duit de l’anglais (Royaume-Uni) par Valé­rie Bour­geois, Bel­fond, avril 2013, 352 p. — 22,00 €

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