Fanny Alloing et les femmes de feu (exposition)
Cadre dans une grande entreprise, passionnée des mots et des images, depuis toujours lectrice et devenue collectionneuse d’art au fil des rencontres et coups de cœur, anne lüthi dumont me demande souvent comment vivre sans beauté. Suggestive, celle-ci reste une des clefs pour avancer pas à pas dans un monde en vrac.
Simple contemplatrice de la beauté, tant par celle offerte par la nature que par l’art, amoureuse des œuvres porteuses de messages qui touchent en plein cœur et nourrissent d’une énergie sans cesse renouvelée, grâce à des amis, grâce aux liens tissés, anne lüthi dumont découvre et aime partager, toujours en remerciant les artistes, les créateurs, de donner une part infime de leur être.
De sa chrysalide immaculée de plâtre – « mue de l’âme » comme elle se plaît a dire -, Fanny Alloing donne naissance à ses femmes de feu. Artiste cœur et âme, la créatrice ouvre la voie des traversées secrètes, par-delà le temps. Ni passé ni futur mais chaque œuvre est ancrée dans un présent fragile.
Ses femmes de feu portent la marque d’une puissance venue d’ailleurs qui ne s’oppose en rien aux délicates cassures, échardes, trous et parchemins des traces de vie rugueuses gravées pour toujours.
La plasticienne avance en questionnant l’enveloppe corporelle. Que se passe-t-il donc derrière cette couche de peau, à l’intérieur, au cœur de la chair ? Les événements forts de sa vie lui ont imposé cette force créatrice. De la « mue de l’âme » à la naissance par le feu.
Fanny Alloing redessine les contours des creux et du vide de la mue par une couche de terre glissée à l’intérieur du moule, la face interne au plus près de la peau du modèle vivant. La cuisson à 980 degrés selon la technique japonaise raku amplifie la puissance de l’œuvre tout comme sa part d’inachevé, sa part manquante et sa fragilité.
Chaque étape de création devient une prise de risque, un évitement telle une respiration lors d’une action martiale. L’ensemble peut s’effondrer, se détruire, s’abîmer en une seconde.
L’émaillage du grès se déroule en plusieurs passages, ce qui rend le résultat d’autant plus imprévisible. La coquille finit par se craqueler, dans un souffle venu du centre, l’omphalos cède.
De là jaillit une forme de beauté éternelle.
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anne lüthi dumont
Fanny Alloing expose jusqu’au 23 octobre 2022 au FIAA (Fond International d’Art Contemporain) au Mans, dans le cadre d’une « exposition dialogue » entre la céramique ancienne et la céramique contemporaine. Lucien Ruimy fondateur du lieu a rassemblé un choix d’oeuvres anciennes provenant du musée de la céramique de Malicorne et a invité 7 céramistes contemporains. Présence des oeuvres de Fanny Alloing également à la Galerie Olivier Rousseau de Tours, dans le cadre de l’exposition de Marion Robert.
Merci à Elisabeth Piccot-Leroy de m’avoir présentée l’artiste et ses oeuvres dans sa galerie « Le nuage bleu ».
