Joan Didion, Pour tout vous dire
Joan Didion (1934-2021) avait depuis longtemps, aux Etats-Unis, un statut de journaliste et romancière des plus remarquables et inspirateurs.
Curieusement, elle resta peu connue en France (même après plusieurs traductions de romans publiées par des maisons d’édition importantes) jusqu’en 2007, où le récit autobiographique L’Année de la pensée magique lui valut un succès considérable et le prix Médicis essai.
Son dernier livre est un recueil d’articles qui ont paru dans la presse entre 1968 et l’an 2000. A sa lecture, on ne saurait s’empêcher – sachant que l’état de santé de Didion s’était fortement dégradé ces dernières années – de soupçonner que l’autrice n’avait plus le degré d’exigence qui la caractérisait auparavant, ou qu’elle a dû se résoudre, pour des raisons matérielles, à laisser rééditer des textes dont un grand nombre font penser à des fonds de tiroir.
De fait, le niveau d’ensemble de ce volume est si nettement inférieur à celui des ouvrages précédents du même type, publiés au fil des meilleures années de Didion, qu’on a l’impression qu’il contient tout ce que l’autrice considérait naguère comme voué à l’oubli pour n’être pas assez réussi.
Le cas le plus rappant est celui du premier article, “Alicia et la presse underground“, basé sur des observations superficielles et sur des réflexions qui ne le sont pas moins. Le choix de placer ce texte en ouverture du recueil est particulièrement contreproductif pour le public français qui ignore – naturellement – tout ou presque des journaux américains évoqués.
Cependant, le volume contient aussi des chapitres bien plus réussis, comme “Une lettre de refus“, “Pourquoi j’écris“ et “Raconter des histoires“.
Je conseille aux lecteurs qui connaissent bien Didion de commencer par ceux-ci, et de considérer le reste d’un œil clément, comme on peut le faire pour les textes inaboutis qu’on trouve dans les œuvres complètes d’un grand écrivain.
Quant aux lecteurs qui ne connaissent pas encore Didion, mieux vaut commencer à la lire par ses deux chefs-d’œuvre romanesques : Un livre de raison et Mauvais joueurs.
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agathe de lastyns
Joan Didion, Pour tout vous dire, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Demarty, Grasset, janvier 2022, 220 p. – 17,00 €.