Molly Keane, Fragiles serments

Une saga aimable mais pas inoubliable

Au dos de la très jolie cou­ver­ture de cette réédi­tion (Fra­giles ser­ments était déjà paru à La Table ronde/Quai Vol­taire en 2013 et res­sort dans la col­lec­tion « poche » de la même mai­son), le lec­teur découvre en qua­trième de cou­ver­ture la pro­messe d’une saga fami­liale allé­chante, au sein d’une grande famille bour­geoise irlan­daise et dans sa grande et belle pro­priété, avec des rela­tions que l’on peut ima­gi­ner semées d’amitiés et de mes­qui­ne­ries ordi­naires, de jeux de pou­voir, d’accrocs, de méchan­ce­tés et d’amours contra­riées, de vani­tés…
Le cas­ting, de fait, ne déçoit pas, à com­men­cer par la maî­tresse de mai­son, lady Oli­via Bird, assez bête de l’avis géné­ral (y com­pris le sien propre) et assez indif­fé­rente à ses enfants à l’exception de son aîné, élé­gante en toute cir­cons­tance et déten­trice, contre toute attente, d’un secret jalou­se­ment gardé par son pro­tec­teur de mari, Julian, et elle.

Dans la famille, je demande ensuite John, le fils pré­féré donc, tout juste revenu de son « voyage à l’étranger », expres­sion dont on voile pudi­que­ment un séjour en mai­son de repos ; par ordre d’âge décrois­sant dans la fra­trie vient ensuite Sheena, jeune femme amou­reuse et empor­tée qui est cepen­dant confron­tée à la cruauté du des­tin et des liens du sang (à moins qu’ils ne finissent par la libé­rer ?) ; enfin Mar­kie, le petit der­nier, s’avère aussi ado­ra­ble­ment beau qu’insupportablement méchant comme seuls les enfants peuvent l’être et en être par­don­nés.
Pour s’occuper de lui, la mal­heu­reuse Miss Par­ker, sa gou­ver­nante, dou­ble­ment affli­gée d’une lai­deur peu com­mune et d’une posi­tion dans la vie qui la situe peu ou prou tan­tôt au rang de domes­tique cor­véable à merci, tan­tôt à celui de mobi­lier auquel, for­cé­ment, nul ne son­ge­rait à deman­der ni son avis ni com­ment elle se porte.Toutefois, dans cette exis­tence atroce d’humiliations per­ma­nentes et de basses besognes, un coin de ciel bleu pour­rait appa­raître par où on l’attend le moins.

Enfin, j’évoquerai le per­son­nage d’Eliza, l’amie de la famille en visite à Sil­ve­rue, celle que l’on croit la plus avi­sée, puisque obser­va­trice un peu exté­rieure, maligne et sub­tile, et que l’on découvre mal­heu­reuse d’aimer celui qui ne peut ni ne veut l’aimer en retour.

Une belle palette de per­son­nages, donc, et les « fra­giles ser­ments » du titre fini­ront bien par être mis à mal… mais pas avant le der­nier quart du livre. Mal­gré la belle langue de Molly Keane, l’histoire pâtit de la len­teur de son déroulé, de dia­logues par­fois inter­mi­nables, répé­ti­tifs ou peu natu­rels, de lon­gueurs qui laissent craindre pen­dant la majeure par­tie du livre qu’il ne se pas­sera jamais rien de plus que quelques par­ties de chasse, de ten­nis, de pêche, ou autres visites des jar­dins en long, en large et en tra­vers.
Car enfin, pour­quoi cam­per ce moment pré­cis de l’histoire de cette famille (le retour à la mai­son du fils psy­cho­lo­gi­que­ment fra­gile et les pre­miers vrais émois amou­reux de la fille), si ce n’est pour jeter un pavé dans la mare ? Hor­mis quelques pas­sages savou­reux tout de même et la der­nière par­tie où la rai­son d’être du roman se fait enfin jour, le reste, pas déplai­sant au demeu­rant, se lit sans grand inté­rêt et ne lais­sera guère d’empreinte non plus.

agathe de lastyns

Molly Keane, Fra­giles ser­ments, tra­duit de l’anglais (Irlande) par Cécile Arnaud, Table Ronde, coll. La Petite Ver­millon, mai 2021, 384 p. – 8,90 €

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